D.K – LOI 11 : IL FAUT EMPÊCHER LES DROITS ACQUIS

22 Oct 2025 | Daniel Kemp, L'enfant et l'adolescent

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DANIEL KEMP Les 12 lois de la pédagogie moderne.

LOI 11 : IL FAUT EMPÊCHER LES DROITS ACQUIS

La naissance d’un problème

L’un des pires handicaps dans l’éducation d’un jeune est la mentalité des droits acquis. Il n’y a rien de plus problématique que les droits acquis pour empêcher un pédagogue d’agir efficacement. Un droit acquis apparaît souvent uniquement parce que nous n’avons pas eu le temps ou l’initiative de le contrer. Il est rarement le fait d’un accord conscient et volontaire de la part du pédagogue.

Mais il apparaît aussi instinctivement. Par exemple, si une jeune fille demande à sa mère si elle peut emprunter son manteau et que la mère acquiesce, la jeune fille le prendra probablement, par la suite, sans le demander. Inconsciemment, elle croira avoir un droit acquis.

Si, dans une classe, un professeur laisse ses jeunes parler à volonté, lorsque qu’un remplacant se présentera, ce dernier aura de la difficulté à faire taire le groupe car il a maintenant un droit acquis.

Un syndicat inconscient

Le droit acquis est pire qu’une habitude. C’est, ni plus ni moins, une revendication « syndicale ». Bien sûr, il n’y a pas de syndicat dans ce cas, mais c’est la même mentalité qui dirige souvent les employés à revendiquer et à ne pas vouloir faire de concessions.

Les phrases comme: « Cela a toujours été comme cela, je ne vois pas pourquoi cela changerait », sont des expressions de cette mentalité de droits acquis. Une habitude est une répétition souvent inconsciente d’un même geste, mais un droit acquis est plus conscient dans sa répétition. L’enfant peut accepter de changer des habitudes si elles lui sont présentées comme nuisibles, mais il n’acceptera pas facilement de changer des droits acquis.

Une victoire sur l’entourage

Une habitude est une routine inconsciente de l’ego, mais un droit acquis est une « victoire » sur l’entourage. C’est pourquoi il est si difficile de les abolir, une fois implantés.

Les droits acquis sont souvent, chez les jeunes, l’une des causes du rejet du respect envers les adultes. Parce qu’ils sont une « victoire » sur l’entourage et ils impliquent, inconsciemment, une supériorité de celui qui les a. De ce fait, dans la majorité des cas, le respect est écrasé par les droits acquis.

La société a démissionné.

Nous disons, ou entendons souvent dire, que la société est trop permissive. En réalité, elle laisse trop faire, mais elle ne permet pas. Elle a démissionné. Les droits acquis sont pour une bonne part la cause de cette démission sociale et souvent parentale.

Les droits acquis sont source de querelles entre les jeunes et les adultes. Parce que nous n’aimons pas nous disputer sans cesse, plusieurs parmi les adultes se rendent et abandonnent la lutte. Progressivement, les droits acquis prennent de l’ampleur et il devient de plus en plus impossible de les abolir. Dans ces conditions, il est presque utopique de penser éduquer un jeune bourré de droits acquis.

Au départ, le jeune ne recherche pas l’acquisition de droits particuliers. Normalement, il se contente des droits généraux, droits que tout le monde dans son entourage détient.

Mais si le contexte s’y prête, il accumulera involontairement et inconsciemment de faux droits. C’est ceux-ci qui, s’ils ne sont pas rectifiés ou abolis immédiatement, deviennent des droits acquis.

Évidemment, il faut faire la différence entre les droits normaux de l’enfant, les droits que nous lui donnons et les droits acquis. Seuls les droits acquis font partis des problèmes. Ils sont acquis sans avoir été donnés, sans être permis.

La naissance d’un droit acquis.

Régulièrement, notre enfant entre tard le soir. Nous ne lui disons pas mais nous le constatons. Il y a là un danger que naisse un droit acquis:

Celui d’entrer à la maison quand bon lui semblera. Progressivement, notre enfant entre de plus en plus tard. Nous ne disons toujours rien. Nous considérons que c’est tard, mais pas exagéré.

Mais un soir, nous trouvons que notre jeune revient à la maison beaucoup trop tard et nous décidons d’intervenir. Nous décidons de fixer l’heure à laquelle il doit rentrer. Attendons-nous à une bonne dispute. Il a un droit acquis, celui de revenir le soir à l’heure qu’il désire. Il ne pourra pas acquiescer facilement à notre demande. Il se sentira frustré, limité dans sa vie, dans ses droits. Il nous trouvera rétrogrades, vieillots, dépassés…

Même si nous insistons, il n’obéira probablement pas les soirs suivants. À chaque fois que nous lui en parlerons, une dispute éclatera. Le droit acquis devient une barrière difficilement franchissable. C’est pourquoi un bon pédagogue fait tout pour empêcher leur apparition.

Attention aux subtilités.

Dans un autre cas, notre jeune nous demande la permission pour entrer plus tard que d’habitude. Nous lui accordons une heure de plus. Le lendemain soir, il demande encore une prolongation, il fait beau et ses amis jouent encore dehors. Là aussi, nous disons oui. Le même scénario se répète deux soirs de plus.

Finalement, le cinquième soir, il ne nous demande pas la permission et arrive quand même une heure plus tard. Il est en train de développer un droit acquis.

Nous lui faisons remarquer qu’il est une heure en retard. Il rétorque qu’il n’est pas rentré plus tard que les autres soirs et il a raison. Cependant, les autres soirs, il avait demandé la permission pour revenir plus tard à la maison. Pas ce soir. Nous devons clairement lui faire comprendre que c’est justement parce qu’il avait demandé l’autorisation de prolonger sa soirée qu’il a pu le faire. Nous devons IMMÉDIATEMENT expliquer notre démarche. Nous devons, à tout prix, empêcher la naissance d’un droit acquis.

Etre cohérent et ferme.

Les autres soirs, notre jeune devra rentrer à l’heure normale, pas plus tard. Cela est essentiel afin qu’il comprenne qu’il n’a pas de droit acquis, mais qu’il est toujours soumis à la discipline des parents.

Si nous considérons qu’il peut maintenant entrer une heure plus tard, nous devons quand même le ramener à l’heure normale pour quelques soirs encore. Nous devons le faire pour qu’il n’associe pas le changement d’heure à sa façon d’agir. Il doit apprendre que ce sont ses parents qui changent les choses et pas lui.

Quand nous décidons de prolonger de façon permanente ses soirées, nous lui disons clairement qu’il peut dorénavant entrer une heure plus tard. Ainsi, il a notre permission. Il n’a pas un droit acquis et il a des parents capables de permettre de temps en temps.

Il faut toujours être aux aguets.

Prenons un autre exemple. Un jeune demande à sa mère s’il peut prendre cinq dollars dans sa bourse. La mère dit oui. Les semaines passent et l’enfant demande quelquefois la même chose, mais les sommes varient et fluctuent entre un et dix dollars. Presque chaque fois, la mère lui donne la permission.

Dans la majorité des cas, il faut s’attendre à ce qu’un jour ou l’autre le jeune prenne de l’argent sans la permission de sa mère. Pour se justifier, il se dira que, de toute façon, elle dit toujours oui. Pour lui, ce ne sera pas un vol, mais une suite logique aux semaines précédentes. Pourtant, c’est bel et bien du vol. L’enfant prend ce qui ne lui appartient pas, sans la permission du propriétaire, et ne lui remet pas.

Comme tous les droits acquis, celui?ci est dangereux. Il nous empêchera d’éduquer l’enfant efficacement et de façon agréable. Il faut que le jeune comprenne que c’est seulement quand nous lui donnons l’autorisation d’une chose qu’il peut la faire, et jamais autrement. Si nous acceptons qu’il fouille à volonté dans nos affaires, nous devons lui dire clairement et ne pas laisser un droit acquis lui donner la permission à notre place.

A l’école, c’est la même chose. Nous ne devons jamais laisser les jeunes faire ce qu’ils veulent, s’ils n’ont pas notre permission. Il faut empêcher l’apparition des droits acquis.

Il faut permettre tout ce qui est sensé, naturel et normal, tant que cela ne dérange pas l’écosystème dans lequel ils se trouvent.

Le fait de permettre, au lieu de laisser faire, engendre plusieurs points important en pédagogie: Le jeune ne prend pas le contrôle des pédagogues.

Le jeune se sent entouré et sécurisé par la présence de personnes capables de contrôler la situation.

Il se sent aimé par ceux qui l’entourent car il a souvent droit à des permissions, ce qui, pour lui, est un signe évident d’amitié et d’amour,

Le dialogue entre le pédagogue et le jeune n’est pas rompu au départ, comme il l’est souvent lorsqu’un droit acquis est présent.

Le pédagogue est plus près du jeune et il prend plaisir à vivre près de lui. Il est facilement capable d’interventions et il peut appliquer plus facilement sa pédagogie sans avoir à se battre pour le faire.

Le fait de permettre des choses au jeune ne nous donne pas le droit de contrôler sa vie. Il ne faut pas tomber dans le piège de la tyrannie. Mais c’est au pédagogue de mener le jeu et il ne peut le faire que s’il a les coudés franches. Bien sûr, comme pour le jeune, nous ne devons pas, nous non plus, avoir des droits acquis par rapport à lui.

Par exemple, nous ne devrions pas avoir le droit acquis de fouiller dans ses affaires. Nous devrions lui demander la permission pour le faire et accepter sa décision.

Nous n’avons pas le droit, par exemple, de le toucher à volonté comme s’il était une poupée ou un objet. Même si c’est notre enfant, il a le droit à un espace vital que nous devons respecter.

Ce qui s’applique à l’un, s’applique nécessairement à l’autre, quel que soit son âge.

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