D.K – LOI 3 : NE PAS PUNIR LES JEUNES AVEC CE QUE NOUS VOULONS QU’ILS AIMENT

22 Oct 2025 | Daniel Kemp, L'enfant et l'adolescent

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DANIEL KEMP Les 12 lois de la pédagogie moderne.

LOI 3 : NE PAS PUNIR LES JEUNES AVEC CE QUE NOUS VOULONS QU’ILS AIMENT

Une mauvaise pédagogie

Imaginons une famille particulière, dont les parents de bonne foi, décident un jour d’apprendre à leurs enfants à aimer la musique classique. Ils décident alors que chaque soir, au moment du coucher, ils feront jouer dix minutes de musique classique dans la chambre de chacun de leurs enfants.

Certains d’entre eux aimeront cela naturellement, d’autres s’endormiront sans même entendre la musique…, et les derniers attendront peut-être que la musique cesse enfin pour pouvoir dormir confortablement.

Un jour, tous les enfants arrivent en retard de dix minutes pour le souper. Alors les parents décident de les punir. Ils les envoient dix minutes dans leur chambre. Puis, afin de rendre la punition plus utile, c’est-à-dire, afin d’utiliser le temps des punitions à quelque chose d’utile, ils décident de faire jouer de la musique classique dans les chambres.

Ils se disent: « Tant qu’à les garder dans leur chambre, autant utiliser ce temps pour leur bien! » De même, chaque fois qu’un jeune est puni, il se retrouve dans sa chambre à écouter de la musique classique. L’un d’eux a de mauvaises notes dans son bulletin… » dix minutes de musique classique… Un autre arrive en retard à un repas… »cinq minutes de musique classique…

Les parents se disent que, d’ici quelques années d’éducation basée sur ce principe, les enfants vont apprendre à aimer cette musique. Ils sont convaincus d’agir pour le bien de leurs enfants et d’utiliser une bonne pédagogie.

Mais, selon vous, dans dix ou quinze ans, est-ce que les jeunes vont vraiment apprécier la musique classique? Ne vont-ils pas, au contraire, la détester?

La punition associée

Une punition est, de par son principe, quelque chose qui ne rend pas heureux celui ou celle qui la subit. Si le parent associe à la punition quelque chose d’autre, cette chose associée deviendra, elle aussi, synonyme de punition, c’est-à-dire de déplaisir.

Si le parent associe la chambre de l’enfant à la punition, cette chambre deviendra progressivement un endroit où le jeune n’aimera pas aller.

Si le parent associe le coucher à une punition, l’enfant développera des réticences à aller dormir par la suite. Bref, il ne faut absolument pas associer des choses normales, ou des choses utiles à l’enfant, avec les punitions.

« Tu n’es pas assez gentil ce soir… Va te coucher tout de suite! »

Ce genre de punition est fréquemment employé dans les familles. Mais, plus tard, le parent se plaint qu’il a de la difficulté à envoyer son enfant se coucher.

« Chaque soir c’est la même chose, c’est la bataille pour l’envoyer au lit… »

Que voulez-vous?

L’enfant a, inconsciemment, associé le coucher à une punition. Inconsciemment, il a l’impression que le fait d’aller se coucher lui amène une punition. Alors il ne veut pas y aller. Partout dans notre monde d’éducation, nous retrouvons l’utilisation de punitions associée à des choses qui devraient être aimées par le jeune. Prenons quelques exemples scolaires…

COURS DE CONDITIONNEMENT PHYSIQUE

« Tu es en retard de cinq minutes », dit le professeur. « Fais-moi cinq tours de salle à la course, allez!… ».

Pensez-vous que l’élève va aimer la course et le conditionnement physique?

Non! Le professeur, involontairement, travaille contre lui et contre son cours. Dans quelques années, ce jeune aura l’impression d’aller à une longue punition lorsqu’il ira à son cours de conditionnement physique.

COURS DE FRANÇAIS

« Tu déranges encore Marie, tu me copieras trois cents fois -Je ne dérangerai plus en classe- et je veux cela pour demain, sans faute. »

La matière souvent la plus détestée dans les écoles est le français. Pourquoi?

Parce que c’est la matière qui sert le plus souvent comme punition. Pensez-vous que Marie peut apprendre à aimer sa langue si elle est punie de cette façon?

Non! Bien que sa copie porte sur son comportement, c’est en français qu’elle devra l’écrire. Elle associera le français et l’acte d’écrire avec la punition. Cela deviendra vite une corvée que d’écrire quelque chose à l’avenir et l’étude de sa langue sera un peu comme une punition, c’est- à-dire qu’elle n’aimera pas le cours de français, parce qu’inconsciemment elle le vivra comme une longue punition.

Comme la majorité des professeurs punissent en demandant à l’élève d’écrire en français, lors des punitions, que ce soit lors d’un cours d’histoire ou de géographie, le français devient vite la matière la plus détestée par l’ensemble des étudiants.

COURS DE MATHÉMATIQUE

C’est la même chose pour cette matière. Plus un professeur punit en donnant des devoirs de mathématiques, plus il amène ses élèves à détester en faire.

Il faut cesser de travailler contre nous

Il ne faut plus punir avec les choses que nous voulons que nos jeunes aiment. Sinon, nous continuons à travailler contre nous et contre eux.

Il ne faut pas prendre à la légère les effets psychologiques des associations malsaines. L’impact de ce genre d’associations est beaucoup plus puissant que nous pourrions le penser. Le fait d’associer punition à alimentation, par exemple, peut complètement changer la façon dont le jeune s’alimentera plus tard.

Si nous le privons de déssert, ou pire si nous le privons d’un repas, nous associons manque de nourriture à punition. Il développera, inconsciemment, la peur de manquer de nourriture plus tard, et associera le fait de manger à une récompense. Il ne mangera alors plus pour se nourrir, mais pour se récompenser. De ce fait, son alimentation deviendra probablement malsaine et nuisible pour sa santé.

Quand les choses iront mal, il mangera peut-être pour se donner l’impression que ça ne va pas si mal que ça. Quand les choses iront bien, il mangera peut être pour se récompenser. Tout cela se fera inconsciemment, du moins dans la très grande majorité des cas.

Bien sur, toutes les associations punitions/bonnes/choses n’auront pas le même impact sur tous les jeunes. Mais si nous observons bien la jeunesse d’aujourd’hui, nous constatons vite que la majorité des choses, utiles ou bonnes, qu’elle déteste ou n’aime pas ont toujours été associées à des punitions.

Il faut donc faire un retour sur notre façon de punir si nous voulons nous aider et aider de façon plus efficace les jeunes avec qui nous vivons.

Il faut séparer punition et plaisirs

Le principe de base à se répéter, chaque fois que nous donnons une punition à un enfant, est « JE NE DOIS PAS LE PUNIR AVEC CE QUE JE VEUX QU’IL AIME ».

Si nous en tenons strictement à cela, nous nous éviterons tout un tas de problèmes reliés à l’association punition/bonne/chose. Nous aurons beaucoup moins de problèmes avec des choses normales, bonnes et utiles pour le jeune.

Prenons le cas des devoirs que l’enfant doit souvent faire le soir, pendant l’année scolaire. Pour la majorité d’entre eux, les devoirs sont synonymes de punition. Pourquoi?

1-Parce qu’ils ont probablement déjà associé les matières des devoirs au fait d’être punis, lorsque ces matières servent, à l’école, de moyens de punition.

2-Si, lorsque vous les punissez, ils doivent rester dans la maison au lieu d’aller jouer dehors, s’ils ne peuvent regarder la télévision, etc. Chaque fois que le contexte dans lequel ils font leur devoir ressemble à celui des punitions, ils auront l’impression, toujours inconsciemment, d’être en punition.

3-Si, lorsque nous devons leur faire faire leurs devoirs, nous arborons la même attitude que lorsque nous les punissons, ils feront encore une fois l’association devoirs/punition.

Nous devons faire attention pour ne pas les punir avec ces mêmes devoirs. S’ils n’aiment pas en faire, c’est déjà parce qu’ils ont l’impression d’être punis. Si, en plus, nous leur parlons sur le même ton que lorsque nous les punissons afin de les forcer à faire ces devoirs, nous renforçons l’impression devoirs/punition.

Il ne faut surtout pas tomber dans le piège qui nous fait penser que nos jeunes n’aiment pas faire leurs devoirs simplement parce qu’ils n’aiment pas ça. Il y a des jeunes qui aiment faire leurs devoirs. Mais le contexte familial est très différent. Ces jeunes ne sont pratiquement jamais punis à l’école, ce qui fait qu’ils n’ont pas développé l’association devoirs/punition.

Il est facile de constater que plus un jeune est puni à l’école, plus il déteste tout ce qui se rattache au monde scolaire. Plus il est gardé en retenue, plus il déteste le lieu physique qu’est l’école. Plus il a cette aversion, plus il a tendance à y faire de mauvais coups.

Une grande partie des comportements problématiques des jeunes vient des associations malsaines engendrées pendant les punitions.

Moins un enfant est puni à l’école, plus il aime celle-ci et tout ce qu’elle représente. Moins il est puni à la maison, plus il aime s’y retrouver. C’est une question de logique humaine.

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