D.K – LOI 4 : IL FAUT TOUJOURS PARTIR DU POINT DE VUE DE CELUI QUE L’ON ÉDUQUE ET NON PAS DU NÔTRE

22 Oct 2025 | Daniel Kemp, L'enfant et l'adolescent

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DANIEL KEMP Les 12 lois de la pédagogie moderne.

LOI 4 : IL FAUT TOUJOURS PARTIR DU POINT DE VUE DE CELUI QUE L’ON ÉDUQUE ET NON PAS DU NÔTRE

Les deux formes d’éducation

L’une des grandes erreurs de la pédagogie traditionnelle est de partir d’un point de vue trop élevé pour l’enfant et d’essayer d’établir une communication avec lui. Nous pensons trop souvent qu’il faut amener le jeune vers nous, c’est-à-dire l’éduquer afin qu’il pense comme nous. C’est là une grosse erreur.

Cela ne veut pas dire que notre façon de vivre et de penser n’est pas bonne. Cela veut simplement dire que la façon de penser de l’enfant n’est pas mauvaise elle non plus. Elle a cependant quelques avantages sur la nôtre:

Elle est parfaitement ajustée à lui; c’est sa façon de voir le monde. Elle a la simplicité de l’enfant que nous voulons éduquer.
Elle est le reflet réel et juste de la maturité du jeune.

Notre façon de penser est parfaite pour nous mais pour un enfant elle est:

  • Souvent trop complexe,
  • trop empreinte d’expériences qui ne veulent rien dire pour le jeune,
  • Structurée avec des mots et des concepts souvent incompréhensibles pour lui,
  • Souvent trop rigide, donc pas assez souple devant le neuf et le changement.

Nous avons tous été jeunes. Nous savons ce que c’est que d’avoir une vision du monde qui est imparfaite. Même si, pour plusieurs, ces souvenirs ne sont plus frais à la mémoire, nous pouvons tous retrouver des bribes de notre monde de l’enfance.

Par contre, aucun enfant n’a vécu la vie d’adulte. C’est pourquoi ils n’ont pas beaucoup d’expérience face à la vie. C’est aussi pourquoi ils ont besoin de nous, les adultes.

Mais comme ils n’ont jamais vécu dans notre monde de grandes personnes, ils ne peuvent pas comprendre ce que nous vivons. Ils ne peuvent pas s’ajuster à notre compréhension des choses.

Pour comprendre cette quatrième loi de la pédagogie, il faut choisir entre deux formes d’éducation.

La première forme

La première forme est celle qui prétend que nous devons à tout prix faire en sorte que le jeune ne vive pas les mauvaises expériences de notre vie. Cette façon de voir les choses orchestre l’éducation de façon à ce que le jeune nous fasse confiance dans la majorité de ce que nous disons et ne tente pas de vérifier nos dires.

Cette façon de procéder est la plus courante. Nous tentons par tous les moyens de diriger notre progéniture de façon qu’elle ne recommence pas les erreurs de notre vie. En plus, par extension, nous essayons souvent de lui éviter les erreurs DE SA VIE.

Pourtant, ce sont justement ces erreurs, ces expériences de la vie, qui nous ont formés. C’est à la suite de notre vie telle qu’elle a été que nous sommes devenus les personnes capables d’éduquer la jeunesse.

La deuxième forme

Cette seconde forme d’éducation, celle que je recommande fortement, considère la Vie comme étant la meilleure école de « la vie ». C’est grâce à elle que l’enfant peut acquérir de la maturité. C’est elle qui doit le guider dans ses expériences, tout au long de sa croissance.

Il n’est pas question, ici, de verser dans l’exagération initiatique, c’est à dire vouloir forcer notre jeune à souffrir et à vivre des expériences désagréables afin de se former. Loin de là.

Mais la surprotection est toujours un phénomène néfaste en éducation. Il faut laisser le jeune vivre ses expériences, l’assister dans la compréhension des leçons qui lui sont amenées et ne jamais l’encadrer au point de l’étouffer.

Notre expérience doit servir à protéger l’enfant lorsque c’est nécessaire, mais elle ne doit pas devenir un frein à son émancipation. Elle doit nous aider, non pas à empêcher le jeune de vivre la sienne, mais à lui expliquer les conséquences des actes qu’il pose et des décisions qu’il prend.

Nous devons le rejoindre dans son cheminement et cheminer avec lui. Il faut nous rendre la tâche le plus agréable possible. L’enfant ne peut pas monter jusqu’à nous en quelques minutes, mais nous pouvons facilement nous pencher vers lui, pour le rejoindre.

Nous devons toujours partir de son point de vue, même s’il nous déplaît. C’est là que le jeune est rendu. Il ne sert absolument à rien « d’espérer » qu’il soit assez « adulte » pour comprendre notre point de vue. Bien qu’il puisse le faire de temps en temps, notre point de vue ne lui appartient pas. Il pourra donc, même s’il a compris, agir différemment, de façon à vivre SON expérience.

Il faut bien comprendre que SON point de vue n’est pas nécessairement meilleur que le NôTRE. C’est le sien, voila tout. C’est de là qu’il part pour voir et comprendre le monde. Notre expérience ne peut lui être d’aucun secours. Pas à lui.

Mais elle le sera pour nous, pédagogue, parent ou professionnel.

La nuance est peut?être subtile, mais elle est importante. Il ne faut plus intervenir dans la vie du jeune à cause de notre expérience, bonne ou mauvaise, de certains événements de notre vie. Il faut se servir de nos connaissances uniquement pour le guider et jamais pour le forcer.

Notre expérience, notre point de vue

Notre expérience est la base de ce qui détermine le point de vue que nous avons de la vie en général, et de toutes les choses en particulier. Mais notre point de vue est aussi déterminé par notre état actuel; fatigue, stress, désirs, écoeurement, peines, joies.

De ce fait, nous pouvons demander à notre enfant une série de choses qui n’est pas adaptée à sa nature. C’est ce qui arrive souvent lorsque nous oublions de partir de son point de vue.

Parmi les exemples les plus évidents il y a le parent qui exige que son enfant soit un bon joueur de hockey, sinon le meilleur. Ou encore celui qui rêve que son jeune devienne médecin, avocat ou ingénieur.

Mais il y a des exemples un peu plus subtils comme celui d’un parent qui exige que son enfant soit bien élevé. Bien sûr, nous pouvons considérer que c’est notre droit de vouloir une progéniture qui sache se tenir en société. Mais c’est une erreur d’exiger qu’elle nous exauce.

Attention au besoin d’être obéi
L’enfant n’est pas venu au monde pour obéir. Quoi qu’on en dise, c’est un fait. Personne n’est sur la Terre pour obéir. Les déformations éducatives peuvent engendrer des personnes obéissantes, mais plus un être est intelligent, moins il pourra obéir aux ordres de qui que se soit. L’intelligence n’engendre pas d’esclave.

Les jeunes sont justement de plus en plus intelligents. Ils ont donc tendance à obéir de moins en moins. Cela est tout à fait normal. Mais ce n’est pas une raison pour nous laisser mener par le bout du nez par eux. Nous sommes, nous aussi, des êtres humains et nous n’avons pas à exécuter les moindres caprices de nos enfants. Nous devons nous respecter.

Un compromis pédagogique doit donc intervenir dans nos relations entre nos désirs, nos attentes, nos espoirs et l’enfant que nous éduquons.

En clair, si nous voulons être obéi, l’enfant devra dire adieu à une grande partie de son expérience de la vie, et attendre d’avoir quitté la maison pour commencer à s’émanciper.

Nous pouvons remplacer l’obéissance tant exigée par les philosophies du passé, en matière d’éducation, par la compréhension intelligente du vécu de l’enfant. Nous devons lui servir de point de repère, mais nous ne devons pas le guider. Nous devons lui montrer la cloche, mais c’est à lui de la faire sonner.

Dans toute démarche de véritable pédagogie, il faut se faciliter la tâche et rendre notre relation avec le jeune agréable, douce et sereine. Les jeunes sont capables de comprendre la logique des choses. Mais nous devons leur permettre de cheminer, à partir de leur point de vue, vers le nôtre, ou vers n’importe quel point de vue plus adapté à la réalité.

Apprendre versus comprendre

Il y a deux façons différentes d’être éduqué et instruit: apprendre et comprendre.

Apprendre est une qualité qui n’est pas unique à l’être humain. En effet, la majorité des animaux peut apprendre. Un cheval, un chien, un dauphin et même une mouche peuvent apprendre de nouvelles choses. Nécessairement, l’enfant est, lui aussi, capable d’apprendre.

Mais l’apprentissage ne permet pas l’adaptation efficace en face de nouveaux événements de la vie. Apprendre, c’est mémoriser des faits, des mécaniques et de l’information. Selon notre capacité à nous remémorer ce que nous avons appris, nous serons plus ou moins efficaces au long de notre vie.

En effet, la mémoire joue un très grand rôle dans l’utilisation efficace de l’expérience. Si nous ne nous rappelons pas des éléments appris, nous ne pourrons pas être efficaces dans plusieurs situations. C’est pourquoi les jeunes qui apprennent, sans comprendre, peuvent recommencer souvent les mêmes expériences, même si elles sont très négatives ou souffrantes.

L’apprentissage d’une chose n’est pas garant de son utilisation ultérieure. Nous savons tous que la majorité de ce qu’un élève apprendra au cours de sa vie scolaire sera oubliée, en partie ou en totalité. Et même souvent, une partie de la matière apprise est oubliée immédiatement après un examen. L’étudiant s’en souvenait pour réussir son examen, puis il oublie…

La compréhension est une mécanique tout à fait différente. Elle ne demande pas autant de mémoire ni de concentration. Dans une pédagogie axée sur la compréhension, tout est plus facile. Mais il faut bien conserver à l’esprit que, dans une pédagogie sous?tendue par l’apprentissage, la compréhension est souvent très difficile. Il ne faut absolument pas essayer de mélanger les deux méthodes pédagogiques. Il est à peu près impossible de comprendre clairement l’efficacité de la « compréhension » dans un cadre orienté vers l’ »apprentissage ».

Une méthode basée sur la mémoire demandera beaucoup de répétitions, de concentration, de temps passé à l’étude et souvent, de punitions dites « motivatrices ».

Il est relativement facile d’instruire un jeune qui a une bonne mémoire, mais il n’en sera pas de même pour celui qui n’en a pas. Comprendre ce qu’est la politesse est une chose. Apprendre la politesse en est une autre. Si nous voulons que l’enfant apprenne à être poli, il faudra lui enseigner TOUTES les situations où il doit l’être et ce qu’il devra faire ou dire. Cela prendra un temps énorme et demandera beaucoup de mémoire de la part du jeune.

Si par contre il en comprend le principe, il sera capable d’en gérer les règles et de les appliquer à toutes les situations, connues ou non, qu’il rencontrera dans sa vie.

Dans le premier cas, nous nous servons presque uniquement de la mémoire et dans le deuxième, nous utilisons l’intelligence de l’enfant, avec un minimum de sollicitation mémorielle.

Mais pour permettre à un enfant de comprendre une chose, il faut absolument qu’il vive des expériences. Nous ne devons pas lui couper l’herbe sous les pieds. Il doit vivre sa vie et, avec notre aide, en tirer les leçons nécessaires à l’amélioration de sa condition d’être humain.

Partir de son point de vue pour le faire cheminer nécessite qu’il soit libre d’expérimenter. Il est évident que nous ne procédons pas ici avec la logique mathématique. Cette logique nous porterait facilement à dire:

1- S’il doit expérimenter, qu’il le fasse. Lorsqu’il se sera fait assez mal, il va m’écouter.

2- C’est tout ou rien. La logique mathématique ne tolère pas les nuances. C’est blanc ou ce ne l’est pas. Si le jeune veut vivre sa vie, qu’il le fasse, mais qu’il ne vienne pas pleurer sur mon épaule par la suite.

3- S’il veut des conseils, je veux bien lui en donner, mais s’il ne les suit pas, il n’en aura plus.

Et nous pourrions continuer longtemps comme cela. Mais ce n’est pas une pédagogie facile, bien qu’elle soit courante.

La logique humaine nous amènerait à dire:

1.- Qu’il fasse ses expériences, et s’il a besoin d’aide, je serai là. Cela me laisse plus de temps pour moi ou pour les autres et c’est plus bénéfique pour le jeune.

2.- Je l’observe de loin, sans intervenir. Si ce qu’il veut faire est dangereux, je lui en parle. Je lui explique, je le conseille. S’il tente quand même l’expérience, je vais lui donner ce que je peux pour qu’il passe à travers avec le moins de séquelles possibles.

3.- Je suis un ami, pas un tyran. Je le laisse libre et je suis présent.

Nous avons vu qu’il fallait absolument se respecter soi-même avant de respecter quiconque. Là aussi, c’est important.

Je laisse le jeune vivre ses expériences afin qu’il se fasse une opinion d’une chose, du monde ou de sa vie. Mais ces expériences ne doivent pas être faites sur mon dos.

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