DANIEL KEMP Les 12 lois de la pédagogie moderne.
LOI 5 RESTER SOI MÊME
Un être humain avant tout
L’un des plus grands handicaps de tout éducateur, qu’il soit parent ou professionnel, est d’adopter une personnalité qui n’est pas la sienne.
Il n’y a rien de plus dommageable pour un parent que de vouloir être un BON parent ou pour un professeur, d’être un BON professeur. En effet, à chaque fois que nous visons l’excellence, pour soi ou, plus souvent, pour les autres, nous cessons d’être nous?mêmes et nous entrons sur un terrain glissant.
Un parent n’est pas le propriétaire d’un enfant. Il n’est pas non plus la personne responsable du jeune, c’est-à-dire celle qui sera TENUE responsable des actes commis par l’enfant. Un parent, c’est bien plus que ça.
C’est avant tout un être humain!
Il en est de même pour un jeune. Ce n’est pas « MON » enfant, ou un « élève », ou encore moins un « problème ». Lui aussi est un être humain, avant toute autre chose ou nom que l’on puisse lui donner.
Le professeur, lui aussi, est un être humain avant tout.
Cela peut paraître simple et évident. Pourtant, dans la majorité des cas, nous essayons d’être dans la norme, d’être bien vu, même si cela nous nuit et nous rend souvent malheureux. Prenons des exemples:
Attention à la normalisation
Une mère se rend compte que, ce matin, sa jeune fille a mis des pantalons pour aller à l’école. Par contre, la majorité des jeunes filles fréquentant le même établissement, porte presque toujours une robe. La mère insiste donc pour que son enfant fasse de même.
Si la jeune fille insiste pour garder ses pantalons, la mère peut la forcer en haussant le ton ou sous la menace de punitions, à se changer. Il n’y a aucune raison PÉDAGOGIQUE pour faire changer l’enfant. Mais si la mère veut être une BONNE mère, c’est-à-dire si elle ne veut pas être jugée par les autres parents ou les enseignants, elle fera faire à sa fille des choses qu’elle ne lui demanderait pas autrement.
Cette mère n’éduque pas. Elle NORMALISE. Inconsciemment, elle ne veut pas être une mère NATURELLE, mais une mère NORMALE. Ainsi, la jeune fille ne s’habillera pas pour être confortable, ou selon ses goûts, mais en fonction de la mode générale du quartier.
Bien sûr, cette mère aura de bonnes raisons à donner:
Une jeune fille de ton âge ne met pas de pantalons pour aller à l’école. Pourquoi faut-il toujours que tu fasses à l’envers des autres?
Tu n’en mourras pas de mettre une robe.
Allons! Fais plaisir à maman, mets cette jolie robe, tu vas être si belle dedans.
Si, dans quelques mois, l’habitude vestimentaire des jeunes filles change et que les pantalons se portent davantage, alors cette mère acceptera plus facilement les goûts de son enfant. Et encore une fois, elle pourra rationaliser, se justifier, en disant des choses comme:
Elle tient tellement à mettre des pantalons, il faut bien lui faire plaisir de temps en temps. Je ne vois pas pourquoi elle n’en mettrait pas, toutes les filles de son école en portent… Bah! Aujourd’hui, les jeunes s’habillent comme ils veulent.
Etre mauvais pour paraître bon
Prenons un autre exemple. Comparons deux parents qui habillent différemment leur garçon de dix ans. Le premier est toujours vêtu avec un veston, des pantalons assortis, une cravate et de beaux souliers. L’autre porte des pantalons plus ou moins propres, avec des marques de gazon sur les genoux, des traces de ballon sur son chandail et des espadrilles aux pieds.
Lequel des deux jeunes a les meilleurs parents?
Plusieurs personnes, lorsqu’elles regardent le premier, celui qui est richement vêtu, pensent que ses parents ont de la classe, de l’argent et qu’ils donnent ce qu’il y a de mieux à leur fils.
Ils pensent aussi que le deuxième est délaissé par ses parents, ou que sa famille est plus pauvre et qu’elle n’a pas les moyens de l’habiller comme l’autre.
Mais suivons-les jusqu’à la maison, après l’école. Le premier entre chez lui et est accueilli par l’un de ses parents: « Bonjour Martin. Mais qu’as-tu fait à ton linge?
Je t’avais interdit de jouer au ballon quand tu portes ton beau veston… » Eh oui, Martin se fait gronder parce qu’il a agi en enfant, ce qu’il est, alors qu’il était habillé comme un adulte, ce qu’il n’est pas.
Si nous entrons dans la seconde demeure, nous pourrons entendre:
« Bonjour Philippe, comment a été ta journée? Oh! je vois que tu t’es amusé à ton goût… » Parce que l’enfant est habillé pour jouer, il peut passer de meilleures journées que son camarade d’école. Il peut vivre en jeune de son âge et n’est pas stressé tout au long de sa journée à l’idée qu’il pourrait se salir.
Il faut être soi-même
Les premiers parents veulent être jugés comme de BONS PARENTS. Les seconds ne sont pas préoccupés par le jugement de l’extérieur et s’arrangent plutôt pour être bien avec leur garçon.
Pour être un parent heureux, avec un enfant heureux, il faut à tout prix être soi-même. Si nous faisons comme les autres parents, si nous ajustons notre façon de faire ou d’éduquer en fonction de ce que les autres font, nous ne pouvons être de véritables bons parents.
Il ne sert à rien de se demander si nous agissons bien, si nous ne sommes pas trop marginaux ou si nous sommes corrects. Il nous suffit de regarder notre enfant et nous aurons la réponse.
La mère d’un bébé de huit mois demande à son médecin si elle fait bien de donner moins de lait à son enfant et de lui donner plus de nourritures solides. Le médecin lui demande comment va son bébé. Elle lui répond qu’il se porte à merveille, sauf qu’elle a lu dans des livres de puériculture qu’il fallait continuer de donner la même quantité de lait au bébé, jusqu’à l’âge de quatorze à dix-huit mois.
Le médecin lui demande encore une fois si son bébé va bien. Elle confirme à nouveau sa bonne santé. Alors le praticien lui demande pourquoi elle s’en fait tant. Son bébé va bien, il n’y a aucun problème et elle, elle s’en fait.
Pourquoi cette mère s’en fait-elle? Parce qu’elle essaie d’être une BONNE MÈRE. Elle veut être une mère normale, faire ce qu’ »une bonne mère » doit faire. Mais ce « une bonne mère » est toujours déterminé par « le normal ».
En réalité, une mère qui aime son enfant et qui sait s’écouter ne se posera jamais ce genre de questions. Elle observera ce que son enfant vit, comment il est et elle saura que tout va bien, quoi qu’en disent les livres écrits par les spécialistes et quoi qu’en pense le voisinage ou sa famille.
Etre humain avant tout
Nous ne devons jamais nous comparer aux autres. Si ce que nous faisons n’est pas correct, nous le saurons en observant les résultats dans notre vie ou dans celle de notre jeune.
Savez-vous quelle est la différence entre un professeur humain et un humain professeur?
C’est la même différence qu’il y a entre un parent humain et un humain parent. Il faut que l’enseignant ou l’enseignante soit un être humain, bien AVANT d’être enseignant ou enseignante.
Pourquoi y a-t-il de plus en plus de gens qui parlent de devenir des parents humains ou des professionnels plus humains?
Parce qu’ils veulent tous, inconsciemment, être de BONNES personnes.
S’ils n’avaient pas fait passer la personnalité fausse de l’apparence ou de la profession avant leur propre identité, ils n’auraient pas à devenir plus humain. Pourquoi? Parce que c’est ce qu’ils sont déjà… des êtres humains.
Un parent n’est pas un parent. C’est un être humain.
Un professeur n’est pas un professeur. C’est un être humain. Un élève n’est pas un élève. C’est un être humain.
Chaque fois que nous parlons d’humaniser quelque chose, nous avouons indirectement que nous nous sommes abandonnés quelque part et que nous avons revêtu une personnalité collective qui n’est pas la nôtre.
Etre un parent est une personnalité collective qui n’a rien à voir avec notre véritable nature. être un professeur c’est aussi jouer un jeu faux qui n’a rien à voir avec nous.
Il ne faut pas n’être qu’une personnalité
Imaginez tous les efforts d’adaptation et toutes les frustrations que nous cumulons lorsque nous passons d’une personnalité à une autre, plusieurs fois par jour, tout au long de notre vie.
Le matin, un être humain s’éveille. Il s’étire, puis se lève. Après deux pas en direction de la porte de sa chambre, il devient parent. Après s’être occupé de ses enfants, il quitte la maison à son tour. Là, il devient conducteur d’automobile et joue le jeu de celui qui conduit mieux que les autres. Il juge certains autres conducteurs et est tenté d’en couper un ou deux pour leur donner une leçon. Enfin, il arrive à son travail, une école.
Encore une fois une mutation s’oppère et il devient collègue de travail. Lorsque les cours commencent, il mute une fois de plus et se change en enseignant. Jamais il ne parvient à être lui-même, sauf lorsqu’il dort profondément dans son lit.
Mais sa journée n’est pas finie. Il revient chez lui, personnalité d’automobiliste, entre dans sa maison, personnalité de mari. Les enfants arrivent, personnalité de parent et, le soir au couché, il s’endort. C’est alors qu’ il se retrouve, qu’il rêve et se laisse aller.
Malgré tout, souvent, même la nuit, plusieurs personnes ne se sont pas retrouvées. Elles adoptent une personnalité de dormeur inquiet, de personne qui n’a pas le droit de bien dormir… de personne qui a trop de responsabilités ou de problèmes.
Nous devons à tout prix être vrai avec nous-mêmes. Nous devons vivre NOTRE vie, et non pas celle des autres ou celle amenée par les visions collectives.
Cette loi de la pédagogie est importante pour notre bonheur d’être humain: humain parent, humain professionnel ou humain enfant.


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