D.K – LOI 7 : ÊTRE OPINIONISÉ

22 Oct 2025 | Daniel Kemp, L'enfant et l'adolescent

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DANIEL KEMP Les 12 lois de la pédagogie moderne.

LOI 7 : ÊTRE OPINIONISÉ

Qu’est-ce que l’opinionisation?

L’opinionisation, ne cherchez pas ce mot dans le dictionnaire, il n’y est pas encore, est extrêmement importante en pédagogie.

L’opinionisation, c’est avoir une opinion. Mais pas celle du voisin ou de la collectivité. C’est avoir SON opinion sur tout: la vie, soi-même, les événements, la mort, etc.

Etre opinionisé, c’est être présent, vivant. C’est avoir une opinion, mais pas n’importe comment. Il faut non seulement avoir une opinion, mais il faut la communiquer, la transpirer, la rayonner.

La qualité de l’opinion est importante. Si c’est l’opinion générale que nous avons, nous ne sommes pas opinionisés. Ce n’est pas que l’opinion des autres n’est pas valable, mais il faut parvenir à avoir nos propres opinions. Si nous sommes d’accord avec notre entourage, tant mieux. Si nous ne sommes pas d’accord avec personne, tant pis.

Pourquoi est-il important d’être opinionisé lorsque nous sommes parents ou professionnels de l’éducation? Parce que les jeunes ont un besoin vital de rencontrer des adultes conscients de la vie. Un sondage auprès des jeunes adolescents et adolescentes a démontré que la plus grande préoccupation de ce groupe d’âge est la crainte de l’avenir.

En effet, les jeunes ont peur du futur. Ils ne savent pas s’ils seront là dans quelques années. Ils ont peur d’une guerre nucléaire, d’une apocalypse. Ils ont peur de ne pas avoir de place dans le monde des adultes, de ne pas avoir d’emploi. Ils ont peur d’être pauvres, d’être seuls. Plusieurs ne veulent tout simplement pas regarder en avant et décrochent du système tout simplement.

Ils ne rencontrent presque jamais d’adultes opinionisés. Des adultes au courant de ce qui se passe sur la planète et qui, malgré tout, continuent à foncer dans la vie, vers l’avenir.

Où sont les opinions positives?

Ce que les jeunes entendent régulièrement, ce sont des gens qui se plaignent sans cesse: lors des bulletins de nouvelles, lors des discussions entre parents, lors des discussions entre travailleurs, lors des discussions entre patrons…

Rarement entendentils une opinion positive de la vie. Alors ils fuient par tous les moyens ce monde qui semble si négatif. La drogue, les gangs, l’alcool, tout peut devenir un bon moyen de ne plus voir, de ne plus penser.

Le décrochage scolaire est l’une des résultantes du manque d’opinion de la société. Le taux élevé de suicides chez notre jeunesse en est une autre.

Il faut avoir des opinions réalistes

Prenons quelques exemples pour bien cerner la différence entre les opinions collectives, souvent fausses ou irréalistes, et celles d’un pédagogue opinionisé.

Nous entendons tous dire que les choses vont de plus en plus mal dans le monde ainsi que dans notre société. Mais est-ce vrai?

Nous entendons dire régulièrement que la violence atteint des frontières inégalées, qu’il y a tellement de violence gratuite dans notre société que nous ne savons plus où cela va nous mener. Il parait que c’est terrible dans les grandes villes, qu’il est dangereux de se promener seul, ou sans armes.

Pourtant, il y a près de cent ans, tous les hommes portaient un ceinturon et un revolver. Le vingt?cinquième shérif de la place, les autres étant tous au cimetière, se cherchait souvent de nouveaux adjoints.

Si nous retournons encore un peu plus dans le temps, nous voyons que sans arrêt, le vol, le viol, le pillage, bref, la violence était omniprésente. Les familles se faisaient la guerre. Les pays étaient sans cesse les uns contre les autres.

Pour un rien, la violence éclatait. On pendait régulièrement des gens sur la place publique. On leur tranchait la tête et une foule venait au spectacle.

Il y avait régulièrement des duels à mort, pour l’honneur, pour un cheval, pour une paire de bottes. Les femmes étaient considérées comme de simples objets de plaisir et les enfants servaient d’esclaves.

Les expéditions punitives étaient monnaie courante. Les guerres religieuses dynamisaient les peuples. Au nom du roi, ou de Dieu, la violence était partout.

Il faut regarder les yeux ouverts

Dire que ça va plus mal aujourd’hui que jamais, c’est non seulement regarder les yeux fermés, mais c’est dangereux pour notre moral et celui des jeunes. De plus, c’est faux.

En fait, tout va mieux car en effet, il y a moins de violence qu’avant. Mais parce que nous en parlons plus, nous en découvrons plus. En réalité, il n’y en a pas plus.

Il se peut que les choses ne soient pas à notre goût, mais il ne faut pas regretter le passé. Il n’y a jamais eu autant de paix sur la Terre que maintenant. Nous entendons parler de toutes ces guerres qui font rage actuellement, mais ce sont de vieilles guerres, de vieilles haines, entre des peuples qui, historiquement, ont toujours été en guerre entre eux ou avec d’autres pays.

L’histoire de la Chine est couverte de sang. à chaque fois qu’une guerre de seigneurs se terminait, des centaines de milliers, voir des millions de têtes tombaient, coupées par les sabres des vainqueurs.

L’histoire de l’Égypte, de la Macédonie, des Incas, des Mayas, de Rome, du Portugal, de l’Espagne, de la France et de l’Angleterre; toutes sonts recouvertes de sang, de violence et de misère.

Cessons de faire fausse route

Nous vivons dans le meilleur siècle qu’ait connu la planète. Nous sommes probablement sur l’un des meilleurs continents de la Terre d’aujourd’hui. Tout n’est pas parfait, mais tout est mieux que par le passé. Ouvrons?nous les yeux!

Nous entendons de plus en plus de gens se plaindre de la pollution. Nous ne savons plus ce que nous mangeons… Nous ne savons pas ce qu’il y a dans l’eau que nous buvons… L’air que nous respirons est très pollué, nous vivons dans une société de stress. Tout va mal et l’avenir sera encore pire.

Là encore, nous faisons fausse route. Bien sûr, nos arrières grand?parents mangeaient du boeuf qui avait été nourri avec ce qu’un boeuf doit manger. Ils avaient de bons oeufs, de bonnes poules nourries au grain. Leur eau n’était pas polluée par les usines humaines. L’air sentait bon et ravigotait les cultivateurs.

C’était le bon temps. Un temps ou le stress de nos villes modernes était inconnu. Pourtant l’espérance de vie de nos arrières grands?parents n’était que de cinquante ou soixante ans. Alors qu’aujourd’hui, dans ce monde apparemment si mal en point, notre espérance de vie est de soixante-dix ans ou plus.

Le taux de mortalité infantile a chuté complètement. Les gens sont plus riches. Même les pauvres sont plus riches et moins miséreux qu’avant. Rien ne va plus mal.

Mais nous prenons de plus en plus conscience des conséquences de nos actes. De ce fait, nous découvrons, plus qu’avant, les effets sur notre environnement de ce que nous faisons.

Les choses ne vont pas plus mal, elles vont mieux que jamais. Bien sûr, ce n’est pas à notre goût, mais ouvrons?nous les yeux. Plus nous sommes conscients, plus nous voyons ce qui ne va pas. Les choses n’ont pas besoin d’empirer pour que nous en voyions plus.

Si nous parlons de la violence faite aux femmes, nous en découvrirons nécessairement plus. Mais il n’y en a pas plus qu’avant. Il y en justement moins. Il faut améliorer les choses, mais il ne faut pas perdre notre temps de vie à nous plaindre, alors que les choses vont souvent mieux qu’avant.

Avoir une opinion ajustée

L’opinionisation est la capacité que nous avons tous d’avoir une opinion AJUSTÉE à la réalité, une opinion rayonnante, une opinion communiquée. Les jeunes en ont besoin pour vouloir vivre.

Prenons l’exemple d’un professeur de mathématique opinionisé, qui entre dans sa classe au début d’un cours.

Ses étudiants sont des adolescentes et adolescents d’environs treize et quatorze ans

Il entre en tenant un journal roulé dans la main et marche d’un pas vif et sec. Il semble furieux. Les élèves retiennent leur souffle, ne sachant pas après qui il en a. Puis se tournant vers sa classe, il demande à vive voix:

« Qui a lu le journal de ce matin? Personne, évidemment. » Puis, déroulant le quotidien qu’il tient, il en présente la première page à son groupe.

« Certains pays de l’URSS veulent se séparer depuis plus de vingt ans. Maintenant qu’ils y sont parvenus, ils se font la guerre et se tapent sur la gueule! Beau groupe d’imbéciles ».

Le professeur lance alors son journal dans le coin de la classe, derrière son bureau, et commence son cours de mathématiques.

Pour une rare fois, les élèves ont vu un adulte opinionisé. Les jeunes, même s’ils ne lisent pas les journaux, écoutent la télévision et la radio. Ils sont au courant de ce qui se passe dans le monde et cela leur fait peur.

Comme ils ne rencontrent presque jamais d’adultes qui semblent être au courant de ces événements, ils pensent souvent qu’ils sont les seuls à être conscients des dangers qui guettent le monde.

Lorsqu’un adulte, parent ou enseignant, est opinionisé, ils ont un exemple de quelqu’un qui est au courant, très au courant, et qui continue à vivre et à regarder vers l’avenir. Mais poursuivons l’exemple de ce professeur opinionisé.

Deux semaines plus tard, il entre dans sa classe en poussant un chariot sur lequel se trouve un lecteur vidéo et un moniteur. Il place le tout au centre de la classe, en avant.

« J’ai enregistré cela, hier, au bulletin de nouvelles. Il faut que vous voyez cela! ».

Puis il allume ses appareils. Les étudiants assistent alors au déblocage d’une artère coronaire chez un homme de quarante?six ans. Pas d’opération, seulement un petit trou, quelques manipulations, et le tout prend fin.

L’enseignant éteint les appareils et se tourne vers son groupe: « Vous rendez-vous compte de ce qui est arrivé à cet homme?

Il n’a pas eu à subir une opération. Seulement un petit trou et il est reparti pour quelques années. Il va vivre encore, mieux qu’avant, sans grosses opérations et tout cela, grâce à la technologie humaine. »

« Quel âge avez-vous? treize ou quatorze ans? savez-vous où sera rendue la médecine lorsque vous aurez l’âge de cet homme?

Ça ne prendra pas plus que cinq minutes pour vous déboucher une artère, si elle est encrassée… Vous rendez?vous compte de la chance que vous avez de vivre au XXème siècle

Ce sont des gens instruits qui sont capables d’améliorer sans cesse le confort de l’Homme. Bon, le cours de mathématiques… »

Etre opinionisé, c’est communiquer son opinion

Etre opinionisé, c’est avoir une solide et réaliste opinion des choses, des autres et de la vie. C’est aussi communiquer avec les autres, transpirer ce que nous sommes. Les jeunes ont grandement besoin d’être entourés de gens opinionisés.

L’idée n’est pas de convertir! Mais il faut communiquer ses opinions. Vous êtes militants pour un parti politique? parlez de politique avec vos enfants ou ceux des autres. Si une autre personne d’un autre parti les instruits aussi, les jeunes apprendront rapidement à se faire une opinion sur la vie.

Il faut cesser d’avoir peur des « supposées perturbations psychologiques » que vont vivre les jeunes s’ils entendent des opinions différentes. Ils sont fortement capables de faire la part des choses, si on ne les affaiblit pas continuellement.

Il ne faut pas convaincre les jeunes. Il ne faut pas les convertir ou les médiocriser s’ils ne sont pas de notre avis. Tout ce qu’il faut, c’est rayonner nos opinions.

Autrement dit, il faut se laisser vivre comme nous sommes et communiquer notre vie aux autres.

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