DANIEL KEMP Les 12 lois de la pédagogie moderne.
LOI 8 : IL FAUT ACCEPTER LES DIFFÉRENCES
Les jeunes sont-ils vraiment égaux?
Cette loi de la pédagogie est aussi essentielle au bonheur du parent ou du professionnel et de l’enfant. Bien comprise, elle élimine tout un tas de graves problèmes, scolaires et familiaux. Il y a une « théorie » qui dit:
A la naissance, tous les enfants sont égaux!
Pas égaux devant la loi… mais égaux au sens absolu. Égaux dans les talents, dans les capacités, dans l’intelligence. Selon cette « théorie », tous les enfants ont les mêmes possibilités de réussite et de vie. Ils sont égaux, pour ne pas dire identiques.
Cela veut dire, si nous acceptons des « théories », que tous les enfants devraient réussir, aussi bien les uns que les autres, à l’école. Cette idée, bien que complètement fausse, prévaut encore dans notre système d’éducation, et est présente sur l’ensemble de la planète, quel que soit le pays.
Selon cette « théorie », Pierre et Julie, six ans, enfants de deux familles différentes, devraient réussir de la même façon à l’école. Ils devraient avoir les mêmes notes, les mêmes succès et les mêmes échecs.
Mais, la réalité est toute autre. Pendant que Julie cumule des notes de 85%, Pierre, lui, se maintient dans les 34%. Comme, inconsciemment, les adultes qui l’entourent pensent qu’à la naissance tous les enfants sont égaux, ils en déduisent que le professeur du jeune garçon n’est pas correct. Son professionnalisme est alors mis en doute.
Cependant, comme ce professeur réussit bien avec d’autres élèves, il n’est pas retenu comme fautif dans l’ »échec » de Pierre. Alors, ce sont ses parents les coupables. Ils ne font probablement pas ce qu’il faut à la maison pour aider leur enfant.
Les adultes se tiennent beaucoup face aux jeunes. Il existe un syndicat moral des adultes. Ce n’est pas long que les parents sont jugés corrects à leur tour. Donc, de toute évidence, c’est Pierre le fautif. C’est lui qui ne travaille pas assez. C’est de sa faute s’il cumule des échecs.
Alors, pour l’aider malgré lui, nous le ferons travailler un peu plus. Pourtant, si tous les enfants naissent égaux, pourquoi Julie n’a?t?elle pas besoin de travailler comme Pierre?
Eh oui! Pierre doit étudier plus fort que Julie. Il doit passer des soirées à travailler plutôt qu’à jouer comme la jeune fille. Il doit être puni pour être « motivé ». On lui dit qu’il doit faire des efforts, plus d’efforts, qu’il doit se concentrer, travailler pendant que Julie, elle, joue dehors et vit sa vie de jeune. Elle n’a pas besoin d’étudier, de faire des efforts et de passer autant de temps devant ses livres et cahiers scolaires.
Si tous les enfants naissent égaux, pourquoi tant de différences?
Tout simplement parce que cette « théorie » est fausse et ne tient pas debout. En réalité, à la naissance, tous les enfants sont différents.
TOUS LES ENFANTS SONT DIFFÉRENTS!
Donc, dans la réalité, le pauvre Pierre n’est pas aidé, loin de là. On le force, bien involontairement et inconsciemment, à avoir les mêmes résultats que Julie, alors qu’il en est incapable. Il est différent d’elle et ne peut pas réussir comme elle. Il est incapable d’aller au même rythme que la jeune fille. Il plafonne bien avant.
Nous devons admettre que Pierre n’est pas Julie et qu’il ne le sera jamais. Les deux jeunes n’ont pas:
le même rythme d’apprentissage,
la même capacité à mémoriser,
la même concentration,
la même facilité à comprendre.
Pierre est différent de Julie! Cela ne veut pas dire que Pierre est déficient mental, ou que Julie est un petit génie. Cela ne veut rien dire. Ils sont différents, un point c’est tout.
Il faut accepter les différences
Cette différence doit absolument être prise en considération sinon nous allons continuellement harceler Pierre et l’écraser. Nous lui demanderons régulièrement des choses qu’il est incapable de faire.
S’il est poussé au?delà de ses capacités, il plafonne, c’est?à?dire qu’il devient congestionné au niveau de ses capacités cognitives. Il ne peut plus apprendre et il a alors de la difficulté à se servir de ce qu’il a déjà appris. Il n’y a rien à faire pour le pousser plus loin, du moins pas pour l’instant.
La majorité des jeunes est ainsi harcelé quotidiennement par le refus de reconnaître les différences. Les jeunes ne sont pas meilleurs les uns par rapport aux autres, ils sont différents.
Certains seront bons dans tout ce qui concerne les mathématiques, d’autres ne le seront jamais. Certains seront de vrais génies en mécanique, d’autres n’apprendront jamais. Certains seront de merveilleux musiciens alors que la majorité ne parviendra jamais à jouer d’un instrument.
Nous pouvons prétendre que c’est la pratique et l’entraînement qui transforme le jeune en quelqu’un de plus performant. Mais nous nous trompons complètement. La majorité des jeunes
qui passeront leur jeunesse à de telles activités n’aboutira pas. Seuls quelques uns y parviendront, et pas toujours dans un bel état.
Les jeunes peuvent plafonner
Le plafonnement est un mot important à retenir. Tous les êtres humains plafonnent régulièrement dans toutes sortes de situations d’apprentissage. Nous plafonnons un temps, puis après une digestion des informations reçues, nous déplafonnons.
Les sociétés ont toujours refusé d’admettre, qu’à la naissance, nous étions tous différents. Pourquoi? Parce que « différent » rime avec « inégal ». Nous pourrions très bien dire qu’à la naissance, tous les enfants sont inégaux, et nous aurions aussi raison. Mais c’est justement cette inégalité que nous refusons souvent du plus profond de notre être. Pourtant, chaque jour, nous sommes confrontés aux différences entre les humains.
Mentir pour ne rien voir
Pour éviter à tout prix d’admettre ce qui est évident, comme les différences, même la science a faussé ses recherches. Elle a préféré parler du « milieu » dans lequel grandit le jeune comme facteur déterminant de ses réussites ou de ses échecs.
Pourtant, même dans des milieux absolument identiques, les jeunes ne se suivent pas, ils restent différents. Toutes les études le prouvent. Et même sans grandes études, n’importe qui est capable de constater les différences chez ses propres enfants, vivant tous sous le même toit.
Imaginons que vous avez une belle chienne, de race pure, et qu’elle vienne d’accoucher de trois magnifiques chiots. Vous décidez de les donner à une fondation qui dresse des chiens?guides pour les aveugles. Vous vous présentez au bureau de la fondation et vous leur offrez votre cadeau.
à coup sûr, ils refuseront votre offre. Au mieux, ils revendront les chiots. Pourquoi?
Ils vous l’expliqueront peut?être. Tous les dresseurs d’animaux savent cela. C’est presque un dicton dans le milieu: « Si le dresseur est important, la matière de base l’est encore plus. »
Eh oui! La génétique
Que veut?on dire par là? On veut dire que la génétique a une importance capitale dans ce que sera le chien du point de vue psychologique et mental. Tous les chiens n’apprennent pas autant. Tous les chiens ne peuvent pas devenir des chiens?guides. Certains n’apprendront jamais rien, la majorité pourra suivre un entraînement de base, et seulement quelques?uns auront les qualités pour pouvoir guider un aveugle.
Même les races de chiens ont été étudiées et nous savons aujourd’hui qu’il y a des races qui se prêtent mieux à ce genre de partenariat avec l’humain.
Pendant la seconde guerre mondiale, les nazis ont essayé de dresser de grands danois pour attaquer les prisonniers qui tentaient de s’évader. Ils n’y sont pas parvenus. Alors ils s’en sont remis au doberman, race de chien qui a parfaitement fait l’affaire.
Tous les dresseurs d’animaux vous diront la même chose. Les chevaux, les singes, les éléphants, les chats… tous sont différents et ne peuvent pas apprendre de la même façon, ni apprendre les mêmes choses.
Les tabous du monde de l’humain
Mais dès que nous parlons de l’être humain, nous refusons cette évidence. Nous préférons harceler nos enfants, les pousser là où ils ne peuvent pas aller, les forcer à travailler inutilement, tout ça pour qu’ils soient égaux.
C’est ce qui s’appelle « la normalité ». Mais notre enfant ne doit pas être normal!
Il doit être naturel!
Il doit être naturel!
Il doit rester ce qu’il est et non pas passer une partie de sa vie à essayer de se déformer pour entrer dans le moule collectif
Je connais un animateur de radio qui a passé une partie de sa vie scolaire en temps supplémentaire, à faire des mathématiques, parce qu’il n’était pas bon dans cette matière. Il était doué en français, oral et écrit, ainsi que dans d’autres matières, mais pas en mathématiques.
Il devait rester travailler pendant que ses camarades allaient jouer et il devait faire plus de travaux que les autres. Un jour, il a rencontré un autre garçon qui, lui, avait de la difficulté en français, alors qu’il était doué pour les mathématiques. Ils se sont entraidés et ils ont réussi à améliorer leur note respective de quelques points seulement.
Aujourd’hui, le premier est animateur de radio et il a un comptable pour s’occuper de sa comptabilité. Le second est devenu ingénieur et il a deux secrétaires pour s’occuper de son français. Les deux ne sont pas handicapés, ils ont très bien réussi leur vie, mais ne sont jamais devenus bons dans les matières en question.
Nous vivons en société
Nous oublions trop souvent que nous vivons en société. Nous n’avons donc pas besoin d’être performant dans tout. Si je ne connais rien à la mécanique, je vais voir un mécanicien. Pour ma santé, je consulte un médecin. Je fais faire mon rapport d’impôt. Je suis en société justement pour ne pas avoir à tout faire.
Même s’il est bon d’avoir des bases dans plusieurs matières, il ne me sert absolument à rien de performer dans tout. C’est ça une société.
Une base en mathématiques ne peut pas nuire, c’est évident. Mais si un jeune plafonne dans cette matière, il ne sert à rien de le forcer à se dépasser. Non seulement il ne pourra faire mieux tant qu’il sera plafonné mais en plus il ne pourra se déplafonner tant qu’il sera poussé.
Il est extrêmement important d’accepter la différence entre les jeunes. Si nous savons reconnaître le plafonnement, nous saurons alors quand il faut cesser d’instruire ou de pousser un jeune dans telle ou telle matière.
Reconnaître le plafonnement
Bien que le phénomène du plafonnement soit très mal compris dans le domaine de l’apprentissage psychologique et mental, il sert souvent de guide dans l’entraînement sportif. Eh oui, le sport bénéficie souvent de plus de pédagogie formative que le reste de l’éducation et de l’instruction.
Plus nous nous approchons du « sérieux » dans le sport, comme l’entraînement d’un athlète pour les Jeux Olympiques, plus nous retrouvons une pédagogie qui tient compte des différences et du plafonnement cognitif.
Prenons comme exemple une jeune fille qui commence son entraînement au saut de main, une figure simple en gymnastique. Il s’agit de placer ses deux mains au sol, devant soi, puis avec un élan, monter sur ses mains et retomber debout, de l’autre coté.
Au début, la jeune athlète fait un « saut de fesse », Puis un autre, et encore un autre. Lentement, après une dizaine d’essais, sous les conseils de son entraîneur, elle parvient à faire un « saut de chevilles ». Ce n’est toujours pas le résultat parfait, mais elle s’en rapproche.
Après une dizaine d’autres essais, l’entraîneur mettra fin à l’exercice. La raison: l’athlète doit arrêter, elle n’apprend plus rien.
Elle risque, si elle continue, d’acquérir des défauts, de mauvaises habitudes. Elle doit arrêter. L’exercice reprendra le lendemain ou dans quelques jours.
Le plus étonnant lorsqu’elle reprendra son entraînement est qu’elle exécutera probablement mieux son saut de main. Elle a, inconsciemment et sans efforts, « digéré » l’ensemble du mouvement. Parce qu’elle n’a pas été poussée lorsqu’elle était plafonnée, elle a continué d’apprendre en cessant de pratiquer.
Ici, il faut bien discerner quand on pousse un athlète en l’encourageant et en le supportant, tant du point de vue moral que disciplinaire, et quand on le pousse inutilement lorsqu’il est plafonné.
Si nous comprenons le phénomène du plafonnement, dont le niveau est différent chez chaque personne, nous deviendrons alors un bien meilleur pédagogue.
Les dangers de la normalisation Imaginons ce qui arriverait à un sportif, champion de vitesse en patinage, s’il avait été arrêté pendant son entraînement par un gérant qui lui aurait dit: « Écoute le grand, ton patin est très bon, mais ton tennis laisse à désirer. D’ailleurs, la gymnastique te fait défaut et tu n’es vraiment pas très bon en lancer du javelot ». Si nous forçons le patineur à devenir bon ou « respectablement » bon dans tous ces sports, nous allons
probablement l’écoeurer du sport et jamais il ne deviendra champion olympique en patinage de vitesse.
La pratique de tous les sports peut probablement aider le patineur à améliorer sa performance, mais s’il plafonne, nous devons le libérer de ce trop de corvée.
Il en est de même pour les matières scolaires. Elles sont toutes utiles. La géographie, le français, les mathématiques, la morale, l’histoire, l’écologie, etc. Mais il n’est pas nécessaire pour devenir un citoyen efficace et heureux de maîtriser toutes ces matières.
Le plafonnement et le décrochage
Il est faux de prétendre que l’avenir de notre jeune sera gâché s’il ne réussit pas ses études selon les normes établies. Et il est ridicule et antipédagogique de forcer un jeune à réussir uniquement parce qu’il y a justement ces normes. Près d’un jeune sur deux décrochera de l’école dans la décennie quatre?vingt?dix. Le fait de les forcer à être dans les normes prouve que nous faisons fausse route.
Nous pouvons facilement poser la question: « Pourquoi y avait?il moins de décrochage scolaire avant? Est?ce que les jeunes plafonnaient moins vite? »
Il y a deux causes au plafonnement plus rapide que par le passé. La première est qu’aujourd’hui, les jeunes doivent aller à l’école plus longtemps qu’avant. Ils ont donc l’occasion de plafonner avant la fin de leurs études. Mais la principale cause est le lot d’informations qui arrive sans cesse à nos jeunes. La télévision, la radio, les journaux, les revues, l’école, les discussions entre les adultes, les livres, tout ça leur amène des quantités d’informations jamais vues dans l’histoire de l’humanité.
Il y a tellement de choses à apprendre
Il faut se rendre compte qu’un jeune de huit ans sait plus de chose sur le monde et sur sa nature que Léonard de Vinci à trente ans. Un jeune de douze ans en sait probablement plus que ce même personnage en savait lors de sa mort.
Il y a tellement d’informations à digérer que les jeunes plafonnent plus vite. Ils ne sont pas moins intelligents, c’est souvent le contraire, mais ils reçoivent des dizaines, sinon des centaines de fois plus d’informations qu’il y a trente ou cinquante ans.
Nous devons cesser de nous inquiéter en ce qui concerne les capacités d’apprentissage de notre enfant. Il peut être rapide dans certaines matières, lent dans d’autres. Il peut améliorer ses résultats pendant un certain temps, puis stagner ou, s’il est poussé au?delà de ses capacités, redescendre.
Il faut relaxer devant le plafonnement
Il ne faut surtout pas avoir peur de relaxer lorsque notre jeune est plafonné. Il sera beaucoup plus apte à apprendre de nouveau, s’il n’est pas poussé lorsqu’il est plafonné et qu’il doit digérer.
Plus nous le laisserons digérer les informations reçues, plus vite il reprendra l’apprentissage de ses matières. Il faut comprendre que plus nous tardons à reconnaître le plafonnement, plus nous travaillons contre nous et contre le jeune.
Dans une classe de trente élèves, pour prendre un exemple scolaire, nous pensons qu’il est impossible de ralentir l’ensemble des élèves pour quelqu’un qui traîne de la patte. Pourtant, c’est souvent la majorité des jeunes qui a des problèmes.
Le point à considérer est que, de toute façon, si nous continuons sur notre lancé, alors que des étudiants sont plafonnés, nous les perdons graduellement. Non seulement nous travaillons pour rien, mais nous décourageons des jeunes qui ont tout ce qu’il faut pour apprendre, si nous respectons leur vitesse et leur capacité cognitive.
Il faut bien comprendre que:
? l ne sert à rien de pousser un élève qui est plafonné. Le pousser, c’est accepter son échec, en se donnant bonne conscience.
Pousser un jeune qui ne peut aller plus loin pour l’instant, c’est prendre le risque de le dévaloriser, de le décourager et de l’écoeurer de la matière problématique, de l’école et/ou de l’apprentissage.
Ne pas accepter le phénomène du plafonnement, c’est résister contre la nature même de l’être humain.
Travailler à instruire un jeune au?delà de ses capacités cognitives, c’est perdre son temps, une partie de sa vie, et faire de même avec le temps du jeun et lui faire perdre inutilement une partie de sa jeunesse.
Il est remarquable de constater de quelle façon un enfant change de point d’intérêt. Il aime jouer à un jeu pendant un certain temps, puis, le délaisse pour un autre. Il a atteint un plafonnement et, d’instinct, change de point d’intérêt.
Il peut aimer lire un type de livre particulier. Cela peut durer quelques semaines ou même plusieurs années. Puis, ses goûts changent. En réalité, ils ne changent pas comme ça, tout seul. Ils changent parce que le jeune à atteint son plafond dans ce qu’il retire de ce genre de lecture.
Il s’intéresse à l’astronomie, puis quelques mois plus tard, à la biologie. Lentement, au fil du temps, il change de sujet d’intérêt, et revient finalement sur celui qu’il avait délaissé.
Pour éviter le plafonnement
Il y a des écoles, pas assez hélas, qui laisse le jeune travailler dans la matière de son choix. S’il aime les mathématiques, il peut ne faire que des mathématiques. Dans toutes ces écoles, l’élève finit TOUJOURS par plafonner dans la matière qui l’intéresse. Alors, l’intérêt tombe et l’élève change de matière. Comme la philosophie de ces écoles le permet, le jeune ne pert pas le goût du neuf et de l’apprentissage.
Bien guidé par un pédagogue, les jeunes parviennent à couvrir tout le programme du ministère, souvent plus rapidement que les étudiants des écoles traditionnelles.
Tous nos jeunes ne peuvent apprendre au même rythme, ni de la même façon. Pour faciliter notre vie de pédagogue, il faut comprendre, accepter et appliquer une pédagogie en accord avec cette loi.
Le plafonnement versus la paresse
Voici, maintenant, une bonne question qui vous est peut?être venue à l’esprit: « Comment faire pour distinguer un jeune paresseux d’un jeune qui est plafonné? »
J’ai quelques questions, pour vous cette fois-ci:
– Y a-t-il vraiment des êtres humains paresseux?
– Ne le sommes-nous pas tous un peu? – Qu’est-ce que la paresse, sinon un manque d’intérêt?
Tous les jeunes sont performants dans ce qu’ils aiment et beaucoup moins, sinon pas du tout, dans ce qu’ils n’aiment pas. Ils sont comme nous, les adultes.
Dans notre cas, c’est peut?être le salaire que nous recevons pour notre travail qui nous « motive » à le faire. Quoi que nous fassions, nous y voyons notre intérêt.
QUOI QUE NOUS FASSIONS.
Y voir un intérêt ne veut pas nécessairement dire que cela nous plaît, car notre expérience et notre maturité d’adulte nous permet d’agir de façon plus efficace que lorsque nous étions plus jeunes. Mais l’enfant n’a justement pas cette expérience de vie pour lui permettre de voir son intérêt à moyen ou à long terme. L’intérêt qu’il peut voir est uniquement limité à l’immédiat terme ou, à l’adolescence, au court terme.
L’intérêt, pour contrer la paresse
L’enfant n’est paresseux que parce qu’il n’a pas d’intérêt. Pour lui, l’intérêt revêt un caractère émotif beaucoup plus que mental. Une chose est intéressante que si elle lui plaît émotivement. Un jeune peut voir ses notes augmenter s’il aime son professeur, ou s’il aime l’école où il va.
La paresse ne doit pas être éliminée par les punitions ou le travail forcé. Le jeune est paresseux que s’il n’a pas d’intérêt et l’intérêt ne vient pas sans plaisir.
Si votre jeune n’est pas plafonné, mais qu’il est paresseux, ne le punissez pas. Trouvez ce qu’il lui faut pour l’intéresser.
Il y a autant de façons d’intéresser un jeune à une matière, à l’apprentissage ou à la vie, qu’il y a de feuilles dans les arbres. Il ne servirait donc à rien d’en donner des exemples ici. Tous les
pédagogues sont différents, tous les jeunes sont différents… Il faut donc créer l’intérêt de façon différente pour tous.
Accepter les différences est une loi qui ne doit pas être contournée. Apprendre à relaxer face à la vie est très utile pour nous permettre d’agir en face des différences. Chaque parent et chaque professionnel de l’éducation est différent. Chaque jeune est différent. TOUS nous devons accepter nos différences et les différences des autres. La normalité n’est pas un phénomène naturel.
C’est l’invention d’un pseudo pédagogue paresseux, donc désintéressé, qui avait décidé d’instruire un groupe d’élèves en se concentrant sur un seul d’entre eux, en obligeant tous les autres à suivre.
Ce n’est pas une question de philosophie. C’est une question de nature biologique.
Une équipe de chercheurs américains, grâce à l’utilisation d’une technologie de pointe (tomodensitométrie entre autres) a découvert certaines choses très intéressantes concernant le cerveau humain et son efficacité:
– Les personnes intelligentes font moins travailler leur cerveau que les autres.
– Les joueurs de jeux vidéo obtiennent de meilleurs résultats si leur cerveau travaille moins.
– Les spécialistes qui ont pour tâche de régler des problèmes de logistique font moins travailler leur cerveau que ceux qui les engagent.
Plus on pense, moins on est efficace
Plus une personne pense, se concentre, fait des efforts, moins elle est efficace, contrairement à l’opinion traditionnelle.
Une équipe américaine a demandé à vingt-quatre personnes bien portantes et du même âge, de jouer à un jeu vidéo particulier qui demandait, croyait-on, de la concentration et de la vitesse de réflexion. Ce jeu vidéo consiste à déplacer et orienter des cubes de différentes configurations et de les assembler de façon à faire des lignes complètes.
La découverte a été de constater que plus les joueurs étaient performants, moins leur cerveau consommait de glucose, sa source d’énergie. Donc plus ces joueurs étaient bons, moins leur cerveau travaillait.
Le cerveau travaille moins pour de grands résultats que pour de petits. Moins il y a de neurones d’utilisés lors d’un travail cérébral, plus performant est celui-ci.
Ce que j’énonce ici n’est pas une théorie, mais bien un fait. C’est ce qui explique pourquoi les « génies » et les enfants qui ont du « talent » travaillent moins que ceux qui sont moins bons. La façon dont le cerveau travaille est non seulement gage de performance ou d’échec, mais plus nous obligerons un jeune à réussir là où il est plafonné, plus nous ferons travailler son cerveau, moins nous obtiendrons de lui des résultats.
Encore la génétique
La façon dont le cerveau travaille est déterminée par deux choses:
– La génétique, donc comment est constitué le corps de l’enfant à sa naissance.
– Le milieu, c’est-à-dire de quelle façon il apprendra à utiliser les avantages de son corps pour contrer ses défauts.
Nous pouvons instruire un jeune à utiliser de façon plus efficace son cerveau, mais nous ne pourrons pas changer sa génétique. Nous pouvons optimiser sa façon de penser, d’analyser, de logiférer et d’intelligencer, mais tous ces changements seront toujours limités par la nature de son cerveau.
Certains jeunes ont donc un cerveau plus efficace et, de ce fait, apprennent plus vite, avec moins d’efforts, que d’autres jeunes. Nous ne pouvons pas obliger les plus « faibles » à entrer dans une compétition souvent funeste, qui ne mène souvent qu’à la médiocratie psychologique, au rejet de soi-même et à l’abandon face à la vie.
Certaines personnes vont nous citer en exemple des jeunes qui ont été forcés de travailler plus fort, plus longtemps, et qui ont finalement réussi à améliorer leurs notes scolaires. Pourtant, ceux qui ont le meilleur taux de réussite restent ceux qui ne font justement pas d’efforts cérébraux pour apprendre, comprendre et réussir.
La relaxation pour améliorer sa performance
Il faut faire une distinction entre le fait de mettre du temps pour aider un jeune à apprendre ou à comprendre et le fait de le faire travailler de la tête plus fort et plus longtemps. En effet, plus un jeune se sentira à l’aise dans un milieu, la famille ou l’école, plus il sera détendu. Plus il sera relaxé, moins son cerveau travaillera et plus ses chances d’apprendre ou de comprendre seront augmentées.
Et ce n’est pas tout. Une nouvelle science est en train d’obtenir ses lettres de crédits: la psychogénétique.
La psychogénétique
À partir de recherches faites sur de vrais jumeaux, issus du même ovule et du même spermatozoïde, donc dotés du même patrimoine génétique, la génétique comportementale s’est permise d’évaluer l’influence respective de l’environnement et du patrimoine génétique. Pour ce faire, ils ont comparé ce que devenaient les jumeaux dans deux cas opposés; même environnement (les jumeaux vivent ensemble) ou environnement distinct (les jumeaux vivent séparés). Bien sûr, ce ne sont pas que quelques comparaisons qui ont fait l’objet des résultats de cette recherche, puisqu’il existait trop de possibilités de coïncidences remarquables.
Par exemple, le professeur Thomas J. Bouchard, de l’université du Minnesota, qui poursuit une recherche depuis plus de dix ans, a établi des milliers de questions, procédé à des examens physiques, à des mensurations auprès de plusieurs milliers de jumeaux de par le monde. Même s’ils ne savent rien sur les gènes spécifiques qui commandent le comportement, les psychogénéticiens peuvent réellement commencer à parler de statistiques fiables.
Le professeur Bouchard porte ses observations sur les attitudes, les prédilections, les comportements, les ambitions, les caprices, les goûts, les réactions à des situations quotidiennes ou à des conflits. Toutes ses recherches tentent de révéler des relations directes dans les goûts et aptitudes de l’être humain, comme la préférence pour le travail solitaire ou en groupe, la propension à obéir ou à mettre en cause l’autorité, à être strict ou indulgent, à se soucier ou non de l’opinion des autres, à être plutôt traditionaliste ou excentrique, à apprendre rapidement ou lentement, et même la faculté de diriger des hommes.
Et encore, bien que certains généticiens se refusent à comparer le comportement humain à celui des animaux, d’autres, comme Edward O. Wilson, sociobiologiste, font remarquer que l’influence des gènes sur le comportement est d’ailleurs bien connue des éleveurs, qui procèdent par sélection pour obtenir des animaux dotés d’un certain comportement.
Le professeur Robert Plomin quant à lui, considère que la remise en cause du concept traditionnel de « bon environnement » pour un enfant, est l’un des résultats les plus importants obtenus par les généticiens du comportement depuis plusieurs années. Il pense que l’identité de l’environnement, pour une même famille, joue un rôle minime, peut=être même inexistant, dans l’identité des traits de personnalité de ses membres. S’il y a des similitudes de traits, elle proviendrait plutôt d’une similitude de gènes héréditaires.
Et nous revoilà au coeur du débat;:la différence. Peut=être parce que trop souvent pour plusieurs, le mot différence amène implicitement l’idée que l’un est meilleur que l’autre, alors qu’il n’en est rien. Reconnaître la différence, la distinction, de tout individu comme étant un facteur humain naturel est un pas immense vers de saines relations.
Aussi, peut-être éviterons-nous des problèmes à plusieurs jeunes qui, parfois dès le niveau élémentaire, sont confrontés à notre système, à notre vision, et sont soumis soit à des médications ou des thérapies qui ne leur sont nullement nécessaires.
Accepter les différences est l’une des voies qui mènent à la simplicité, au plaisir de vivre et à la pédagogie.


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