DK – LOI 10 : IL FAUT AVOIR CONFIANCE EN L’INTELLIGENCE DES JEUNES

22 Oct 2025 | Daniel Kemp, L'enfant et l'adolescent

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DANIEL KEMP Les 12 lois de la pédagogie moderne.

LOI 10 : IL FAUT AVOIR CONFIANCE EN L’INTELLIGENCE DES JEUNES

Notre façon de communiquer.
Est-il possible de communiquer d’intelligence à intelligence avec un enfant?

Bien sûr que oui. Mais il y a encore plusieurs pédagogues, parents, professeurs ou psychologues qui prétendent encore que l’intelligence passe souvent par les fesses chez l’enfant.

Évidement, ces personnes ne savent rien de ce qu’est l’intelligence. Non, l’intelligence ne passe pas par les fesses et il est absolument impossible de rendre intelligent quelqu’un par la force, la punition ou la menace. Au mieux, ces personnes seront dressées, comme le sont souvent les animaux de compagnie ou de cirque.

Lorsque nous parlerons avec un jeune, nous pourrons communiquer avec son intelligence si nous sommes centrés dans la nôtre. Hélas, trop souvent, nous ne faisons pas appel à son intelligence lors de nos relations avec lui.

Notre façon courante de communiquer fait surtout appel:

  • à la culpabilité,
  • à l’émotion,
  • à ce que les autres font,
  • au collectivisme,
  • à la comparaison,
  • à la morale,
  • à la menace,
  • à la punition,
  • à la tradition,
  • à la manipulation,
  • à l’obéissance,

Intelligence versus intellectuence.

Rarement j’ai observé des pédagogues parler d’intelligence à intelligence avec des jeunes.

Mais qu’est-ce que l’intelligence?

Nous devons faire une distinction majeure entre le fait de se rappeler ce que nous avons appris et le fait de savoir une chose SANS L’AVOIR APPRISE.

Il y a des gens qui apprennent facilement « sur le tas », et d’autres qui n’apprendront que dans une école. Il y a des gens qui innovent, et d’autres qui suivront toute leur vie. Il y a des gens INTELLIGENTS et d’autres qui sont INTELLECTUENTS.

Définissons ces deux phénomènes de la conscience humaine:

Intelligence: Faculté qu’a l’humain d’apprendre instantanément. Elle permet l’innovation, l’inspiration, la création. Elle ne procède pas de la mémoire, mais de l’instantanéité. Plus l’humain a de bagages mémoriels, mieux elle est exprimée.

Intellectuence: Faculté qu’a l’humain de se rappeler ce qu’il a appris, lorsque c’est nécessaire qu’il s’en souvienne. Elle est traditionnelle, mémorielle et répétitive.

L’intellectuence permet à un élève de se rappeler des réponses qu’il doit donner à un examen.

L’intelligence ne le permet pas nécessairement, mais elle permet à l’élève d’innover dans la façon de tricher sans se faire attraper.

Etes-vous intellectuents?

Prenons un exemple facile. Vous avez un aspirateur qui ne fonctionne plus. Vous avez le choix entre essayer de le réparer vous-mêmes ou de le faire réparer.

Si vous le faite réparer sans tenter, au préalable, de le faire vous-mêmes, vous privilégiez votre intellectuence dans votre façon de vivre et de vous exprimer.

Si, par contre, vous essayez de le réparer vous-même, que vous y parveniez ou non, vous privilégiez votre intelligence dans votre vie.

Pourquoi?

  • Parce que dans le premier cas, vous ne vous autorisez pas à apprendre sur le tas.
  • Dans le second cas, même si vous ne connaissez rien aux aspirateurs, vous vous autorisez à apprendre sur le tas.

Que vous fassiez réparer ou non votre appareil ménager, vous pouvez être très intelligent. Mais vous exprimez cette faculté de façon différente.

Nous appellerons donc « intellectuente » une personne qui privilégie l’expression de sa mémoire, de son apprentissage et de ses habitudes dans sa vie.

Nous appellerons « intelligente » une personne qui privilégie sa spontanéité dans la vie.

Il n’y en a pas une qui est supérieure à l’autre.Ces deux personnes sont différentes, c’est tout. Il faut faire attention avec la valeur émotive que nous attachons trop souvent au fait d’être intelligent ou non.

Un exemple d’intelligence.

Il y a plusieurs dizaines d’années, lorsque les femmes ont voulu aller sur le marché du travail et sortir de leur cuisine, la majorité des psychologues et psychiatres mâles s’entendait pour dire que la femme avait un sérieux problème psychologique. Pourtant, tout ce qu’elle voulait faire, c’était ce que l’homme faisait déjà depuis longtemps.

Ces femmes exprimaient simplement un peu plus leur intelligence. Elles étaient donc de plus en plus prêtes à innover dans leur vie, à vivre du changement. Plusieurs ont appris sur le tas la façon de gravir les échelons sociaux et contourner les embûches qu’elles ont rencontrées.

Très souvent, et trop souvent, l’intelligence est perçue comme une marque de stupidité, d’arrogance, d’impolitesse ou de manque de savoir vivre. L’intelligence n’amène pas l’humain à obéir et à devenir esclave, bien au contraire. Elle n’entraîne pas forcément l’anarchie, mais elle dirige fortement vers la liberté.

L’intelligence qui réagit.

Le père: « Dis donc Marie, tu pourrais faire le ménage de ta chambre, c’est une vraie porcherie! » La réponse de Marie: « Commence par faire la tienne, après tu viendras me parler de la mienne!… »

Marie est-elle arrogante? impolie? Qu’en est-il du père? Si Marie disait à l’un de ses parents: « Dis donc papa, tu pourrais faire le ménage de ta chambre, c’est une vraie porcherie! » Que penserions-nous de cette enfant?

La même chose que précédemment. Pourtant, elle n’a pas plus tord que son père.

Plus Marie sera intelligente, plus elle exigera l’égalité avec les adultes et moins elle sera leur esclave. Plus elle sera intelligente, moins elle sera obéissante, selon les normes traditionnelles.

Elle n’obéira pas ou peu. Pour faire ce que les parents lui demanderont, elle devra comprendre et être d’accord avec eux. Sinon… problèmes. Hélas, plus un enfant est intelligent, plus les adultes essaient de l’éduquer en faisant fi de cette intelligence. Il est facile de dire « Si cet enfant est si intelligent, il devrait comprendre que je veux qu’il obéisse. » Mais, je le répète, l’intelligence n’engendre pas d’esclaves.

Il faut reconnaître l’intelligence.

Prenons un exemple plus adulte. Si un homme dit: « Si ma femme est si intelligente, elle devrait comprendre que je veux qu’elle me fasse à souper tous les soirs, à l’heure où j’ai faim!. » Mais justement, si sa femme est si intelligente, elle sera vite allergique à ce genre de demande et à ce type d’hommes.

La plupart des gens sont intelligents, mais près d’un tiers seulement privilégient l’expression de leur intelligence en premier, avant leur intellectuence. Chez les enfants, c’est la même chose. Ces jeunes deviennent vite « téflons », ce qui signifie que les méthodes traditionnelles d’interventions pédagogiques ne collent plus sur eux.

Quelques exemples.

Pour bien saisir les différences entre les personnes qui expriment leur intelligence en premier, versus celles qui expriment leur intellectuence avant tout, voici quelques exemples de différences de comportements:

Une mise en garde avant de commencer. Une personne qui privilégie l’expression de son intelligence ne fait pas nécessairement que des choses intelligentes et sensées. Son comportement n’est pas régi par la mémoire comme l’est celui d’une personne intellectuente.

Une personne qui privilégie son intellectuence, c’est-à-dire sa mémoire avant tout, n’est pas moins intelligente pour cela.

Il n’est pas élitique que d’être d’un genre ou de l’autre. Il y a une différence. Il est important de faire ce détour pour comprendre ce qu’est réellement l’intelligence. C’est uniquement comme ça que nous pourrons entrer en communication avec l’intelligence de notre enfant.

Si nous disons à un enfant de ne pas aller jouer dans un endroit particulier. Plus il privilégie son intelligence dans son expression, plus il y a de chances qu’il se retrouve justement là où on ne veut pas.

Ce n’est pas qu’un être privilégiant son intelligence désobéit aux ordres qu’il reçoit, mais il est allergique psychologiquement à la manipulation. Plus il exprime son intelligence, plus il fait à sa tête.

En classe, un élève qui fait des farces en déformant ce que l’enseignant dit, est-il intelligent ou stupide?

Il est intelligent. Plus ses farces sont subtiles, plus il exprime son intelligence au fur et à mesure du déroulement des événements. Je ne dis pas que c’est très intéressant qu’il déforme nos paroles pour en rire, au lieu d’écouter et d’apprendre, mais c’est là une expression de l’intelligence. Nous ne retrouverons pas cela chez un animal.

Un parent dit à sa fille: « Tu es encore en retard… Tu sais que ça m’inquiète… »

Elle lui répond: « Si ça t’inquiète tant que ça, fait toi soigner! ».

Cette fille privilégie son intelligence. C’est son intelligence qui parle… colorée par son gros ego d’adolescente… mais l’intelligence est bien visible. Je ne dis pas que c’est plaisant de se faire répondre comme ça. Je dis que c’est le genre de réponse qu’il faut s’attendre à avoir de la part d’un enfant intelligente.

Bien sûr, il y a des jeunes intelligents qui ne répondront pas comme cela, tout dépend des relations qu’ils ont avec leurs parents ou leurs instituteurs. Mais ce genre de réponses dénote de l’intelligence.

La dureté de l’intelligence.

Voici un autre exemple qui est arrivé à une mère de famille. Sa jeune fille de quatre ans avait laissé traîner ses jouets dans le salon. En colère, cette mère appelle sa fille et lui donne cinq minutes pour ramasser toutes ses affaires, sinon tout se retrouvera aux poubelles. Mais la jeune fille, au lieu de s’empresser à tout ramasser, est allée chercher un grand sac vert, un sac à poubelle, et a demandé à sa mère si elle pouvait l’aider à tout jeter.

Pour une enfant de quatre ans, c’est là, à n’en pas douter, une réaction typique de l’intelligence. Encore une fois, je ne dis pas que c’est plaisant. L’intelligence n’a pas besoin d’être plaisante pour être intelligente.

Pourquoi y a-t-il de l’intelligence dans le comportement de cette fillette?: Parce qu’elle a décodé que sa mère ne serait pas assez forte pour faire ce qu’elle a dit. L’enfant connaît bien ses parents et elle sait très bien ce qu’ils sont capables de faire et ce qu’ils sont incapables. En agissant comme elle le fait, elle pousse sa mère au pied du mur et elle gagne nécessairement la partie.

Que sa mère se mette en colère ou non, cela ne change rien.

Dans l’avenir, l’enfant aura la paix car sa mère n’osera plus dire des choses comme cela. Probablement qu’elle ramassera elle?même les affaires de son enfant.

Face à l’intelligence, il faut se respecter.

Si la mère était respectueuse d’elle-même, selon la loi numéro 2, elle n’aurait qu’un seul choix devant elle, après une telle réaction de son enfant, elle devrait tout jeter aux poubelles. Sa fille se passera de jouets pendant un bout de temps. Si la mère se respecte bien, elle ne se sentira pas obligée d’acheter autant de jouets que la quantité qu’elle a jetée. Si ses habitudes étaient d’acheter un jouet par mois, elle n’en fera pas plus. Sa fillette, intelligente comme elle l’est, fera une crise ou deux pour manipuler sa mère, mais comprendra vite qui dirige la maison.

Dans cet exemple, la mère, en se respectant, a communiqué avec l’intelligence de son enfant. Sa communication était plutôt non?verbale, mais elle était très claire.

Au lieu de crier, de moraliser ou de culpabiliser, elle a agit en se respectant et, par le fait même, elle a communiqué avec l’intelligence de sa fille.

On ne peut contrôler l’intelligent.

L’intelligence n’engendre jamais d’esclaves. C’est une chose à retenir. Nous ne pouvons pas contrôler quelqu’un d’intelligent. C’est une chose sue depuis longtemps. Tous les tyrans qui ont dominé les pays du passé, et encore certains pays aujourd’hui, ont toujours tout fait pour éliminer les gens intelligents. Ensuite, ils ont tout fait pour empêcher l’instruction. Une personne intelligente, ou instruite, ne se manipule pas facilement.

Plus ça va, plus les jeunes sont intelligents et plus ils sont instruits. Plus ça va, moins les adultes ont le contrôle sur eux.

Mais tout n’est pas perdu. Si nous pouvons de moins en moins les contrôler par les voies émotives, nous pouvons, par contre, communiquer avec cette intelligence qui les habite. Pour se faire, nous devons bien comprendre ce qu’est réellement l’intelligence et sa façon de s’exprimer.

Comme nous l’avons vu, l’intelligence exprimée n’est pas nécessairement plaisante. Surtout si elle est au service d’un ego, et pire, d’un ego d’adolescent.

Ce que nous appelons souvent « mauvais coup » est, là aussi, un exemple d’intelligence exprimée. Nous devons nous entraîner à voir l’intelligence en action, là où elle se trouve. Nous devons abandonner les visions fausses de l’intelligence, exprimées par des paroles comme « Si elle est intelligente, elle va comprendre… », « Si il est si intelligent, pourquoi n’obéit-il pas à ce que je dis? », etc.

Une communication réciproque.

Tant que nous « jugeons » l’intelligence, nous ne pouvons pas la percevoir clairement et nous demeurons incapables de communiquer d’intelligence à intelligence avec son enfant.

Communiquer d’intelligence à intelligence?

Oui! La communication doit se faire dans les deux sens. Si un parent émotif tente de communiquer avec l’intelligence de son jeune, il aura, dans la grande majorité des cas, un résultat négatif. Le jeune manipulera le parent et le promènera là où il voudra.

C’est ce qui arrive lorsqu’un parent tente d’expliquer quelque chose à son enfant pour la vingtième fois. Le parent communique peut?être avec l’intelligence de son enfant, mais pas à partir de son intelligence à lui.

Pour communiquer efficacement avec l’intelligence du jeune, nous devons être en « mode » intelligence, et non pas en « mode » émotion. Seule notre intelligence peut communiquer efficacement avec celle de notre enfant.

Pour que notre intelligence puisse s’exprimer convenablement quand nous échangeons avec notre jeune, il faut:

1- Se respecter soi-même.

2- Éliminer les raisons émotives nous poussant à communiquer (colère, impatience, culpabilité, comparaison avec le concept de « bon parent », etc).

3- Etre calme.

4- être certain que nous avons raison dans notre démarche.

Pour que le jeune se branche lui aussi en « mode » intelligence, il faut:

1- Qu’il ait en face de lui un adulte qui se respecte, donc qui est respectable.

2- Il faut lui parler clairement et directement.

3- Il faut lui faire voir clairement quand il se met à niaiser pendant la communication, quand il nous niaise, mais aussi quand il se niaise.

4- Il faut lui faire voir clairement quand ce qu’il dit est contradictoire.

5- Il faut lui faire voir clairement quand ce qu’il dit ne mène à rien.

Au début, les choses n’iront pas toutes seules. Il faudra un peu d’entraînement de part et d’autre. C’est au pédagogue, parent ou professionnel, à voir à ce que la communication s’établisse au niveau de l’intelligence.

Il faut comprendre aussi que la communication d’intelligence à intelligence n’exclue pas l’amour, la joie ou les autres formes d’émotions nourrissantes pour nous.

Dernièrement, je parlais à un jeune garçon de dix ans, au prise avec une série de problèmes familiaux qui l’amenaient à un degré de culpabilité tel qu’il se tenait en retrait de tout ce qui pouvait lui faire plaisir. Il se punissait inconsciemment, même s’il n’avait rien à voir avec les déboires de ses parents.

Je lui ai fait comprendre qu’il se punissait, qu’il n’était pas heureux et qu’il se retirait lui-même des situations plaisantes. Je lui ai expliqué différentes mécaniques psychologiques pour qu’il comprenne bien la démarche qu’il devait suivre. Nous parlions du bonheur, du malheur, des joies qu’il manquait.

D’intelligence à intelligence, nous avons communiqué suffisamment pour qu’il change son comportement et il est venu, une dizaine de minutes plus tard, jouer avec nous. Il était maintenant capable de se laisser aller et il a rit un bon coup.

La communication d’intelligence à intelligence permet souvent de régler les problèmes insolvables par la voie émotive. Les jeunes peuvent comprendre bien plus que nous le supposons souvent. Il ne suffit pas d’expliquer sans cesse les mêmes choses à son enfant pour qu’il comprenne, même s’il est très intelligent.

Comme nous l’avons vu, l’intelligence ne procède pas toujours comme nous le souhaitons.

Il faut s’entraîner à reconnaître l’intelligence, dans toutes ses formes d’expression. Ensuite, nous pourrons nous entraîner à communiquer d’intelligence à intelligence.

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