
Bernard de Montréal est né le 26 juillet 1939. Beyond the Mind (1998) (Par-delà le mental) est sa première œuvre publiée en anglais et fait suite à La Genèse du Réel (1988) et à Dialogue avec l’Invisible (1997). L’auteur y dévoile une littérature nouvelle dont la qualité première est l’auto-détermination de sa « source ». Il ne se disait point dépositaire d’un savoir distinct mais simplement « canal », d’où son détachement relatif face à son œuvre ontologique dans son ensemble. La question de la nature de la source de la pensée d’un auteur fait date, qu’elle soit externe à lui-même ou inconsciente. Bernard de Montréal possédait les arcanes d’un savoir qu’il disait universel et qu’il voulait exotérique, à savoir accessible au grand public et libéré de la vêture d’allégories. Son discours relie le suprasensible et le sensible, et anime la vision d’une ère nouvelle, où l’Homme nouveau a rendez-vous avec lui- même, sous l’égide d’une conscience renouvelée.
Selon certaines interprétations, l’histoire de la pensée aime à identifier les ruptures qu’engendrent les systèmes de pensée au cours des âges et dont la lignée remonte à l’Antiquité. Pour sa part, Bernard de Montréal introduit un nouveau paradigme, si radical qu’il dépasse la notion même de rupture, qui consiste à rejeter un parcours distinct dans l’évolution de la pensée pour en favoriser un autre. L’auteur nous renvoie plutôt à nous-mêmes et affirme que la matrice en soi de notre existence doit être réévaluée et redéfinie, plutôt que d’être proprement repensée, étant en elle-même impensable selon les outils que nous ont légués les penseurs, de l’Antiquité à l’époque des Lumières.
L’individu, fruit d’un long processus évolutif collectif, se trouve au fondement de la pensée de l’auteur. La notion d’individualité se pose donc constamment en contrepartie de celle de la collectivité, en ce qu’elle comporte de mémoire collective. L’intention première de son enseignement porte ultimement sur l’origine de la pensée en soi, sur le développement d’une conscience mentale, sur l’évolution de l’âme et sur les dangers que posent les mouvances ésotériques, occultes et sectaires. La nature de son enseignement, se voulant exotérique, fait de lui un éveilleur de conscience. Son discours se révèle ainsi préparateur d’une « évolution mentale supérieure » pour l’humanité. Il avance une définition multidimensionnelle de la réalité et révèle une saisie totalisante, voire intégrale des dimensions physique, cosmique, spirituelle et mentale de la vie et de l’homme éveillé à une conscience supramentale. Bref, l’auteur tend à dégager l’être de son bassin historique « involutif » et collectif, afin d’éclairer sa transition, à long terme, vers une conscience individualisée. Par-delà le mental peut sembler hors du temps. Il convient donc de rappeler que les auteurs touchés du don de prophétie et ayant marqué l’Histoire passèrent en grande partie inaperçus à leur époque, leurs œuvres étant intemporelles et destinées à se frayer leur propre chemin.
Cette œuvre élabore une définition du supramental et de sa fonction et cerne les limites de la spiritualité, telle qu’elle est vécue par l’homme. Le supramental se voit défini comme une « conscience épurée », source d’intelligence psychique et pré-personnelle qui se distingue radicalement des définitions que nous lui connaissons, lourdes d’un symbolisme spirituel et émotionnel. L’auteur attribue au supramental un rôle d’agent directeur auprès de l’homme en évolution. Ainsi, l’œuvre de Bernard de Montréal est d’abord synonyme d’une froideur de la pensée, voire de son retrait, d’un coup de massue à l’encontre de tout ce qui, selon lui, peut nous rattacher au sentimentalisme que nous accordons à la connaissance, à la spiritualité, tant nouvelle qu’ancienne, et aux « systèmes de croyance involutifs ». Elle prend aussi pour cible le lectorat américain et tout ce qui le « séduit » en termes de développement personnel et de conscience spirituelle en éveil, et dont le rayonnement dépasse désormais la simple sphère nord-américaine. Le mouvement Nouvel Âge n’est guère épargné du regard incisif de l’auteur, qui redresse les égarements « naïfs » des mouvances spiritualistes en général, sans pour autant amoindrir la validité de leur enquête. Ces considérations le mènent à exhorter à la vigilance à l’égard de la propension universelle à la croyance, vigilance qui devint la trame de son enseignement, en présence de ce qu’il qualifia de « mensonge cosmique1».
En guise de réponse à la clameur d’un monde moderne à la dérive, il porte un regard critique sur le « vide existentiel et l’aliénation psychique » de l’homme contemporain, assailli par les excès de la modernité et par les angoisses qu’elle engendre. Il analyse le mal de l’être et identifie un défaut d’identité réelle à sa base. Bernard de Montréal affirme que l’existence humaine est proprement « expérientielle » plutôt que créative, que la souffrance n’a pas lieu d’être ; que l’harmonie interne est possible si l’homme s’éveille à la réalité de la nature méconnue de la pensée et à l’existence d’influences insidieuses et « indues » agissant sur la psyché humaine, influences provenant « du monde de la mort », c’est-à-dire du « plan astral ». Il avance aussi que la liberté dépend de l’éveil de l’homme à sa propre réalité multidimensionnelle ; que cette liberté ne peut être atteinte que par la constatation de sa proximité avec « le monde de la mort » et de la manipulation coercitive que celui-ci engendre à travers la pensée ; enfin que la liberté ne peut être atteinte que par la compréhension de l’origine pré-personnelle de la pensée, bref, que « l’homme n’est nullement maître chez lui2».
Bernard de Montréal est l’initiateur d’une pensée qu’il qualifie de psychologie évolutionnaire, fer de lance d’une conscience émergente dont l’œuvre maîtresse, La Genèse du Réel est le manifeste :
- 1 Bernard de Montréal, Par-delà le mental, p.152.
- 2 Ibid., p.116.
Une nouvelle psychologie évolutionnaire pourrait désigner la différence objective entre la conscience et le mental, et permettre à l’individu de réaliser son partenariat psychique avec le savoir qui n’est accessible que via le lien télépathique avec la réalité de l’intelligence supérieure1.
Bernard de Montréal attribue ainsi à la conscience humaine des origines cosmiques. En dépit de la rupture instaurée par la révolution scientifique moderne, l’auteur entreprend une réhabilitation relative de la conception du monde héritée des Anciens, résidant notamment en la « double nature [de l’homme], humaine et cosmique »2 et en l’idée de Cosmos formant un système, un organisme cohérent3. Bernard de Montréal renoue ainsi avec l’idée d’une structure hiérarchisée de l’univers. L’homme en évolution se voit investi d’une conscience supramentale. Ce « surhomme » omniscient est animé de sa propre lumière, l’intellect involutif ayant été mis en cause et déplacé par une conscience supramentale « prospective et instructive4». Cet Homme nouveau se voit animé de peu d’âme et de beaucoup d’esprit, fort d’une conscience éveillée. L’auteur soulève les périls d’une valorisation abusive de l’expérience empirique résultant d’un « rationalisme myope5 ». Or, quoique sa pensée opère une mise en cause fondamentale de l’épistémè de l’ère moderne, il maintient que « la science moderne devait précéder le développement paranormal du mental …6», dans le processus évolutionnaire de la conscience humaine. Ainsi, l’auteur voit se profiler à l’horizon un « grand traumatisme » dans le domaine de la pensée : « […] l’ère postmoderne », écrit-il, « [verra] le dogmatisme et le statu quo des sciences matérialistes […] troublés […] par des réalisations qui transcendent leurs principes fondamentaux1. » La subjectivité, au sens d’une individualisation de la conscience, poursuit ainsi sa longue marche historique et inéluctable, sous l’égide de la « grande lutte pour la liberté d’expression », qu’il juge nécessaire, « en dépit d’une apparente décadence aujourd’hui 2».
- 1 , pp.172.
- 2 Ibid., p.128.
- 3 Pour la conception de l’Univers selon les Anciens, voir Alexandre Koyré, Du monde clos à l ’univers inf ini, trad. Raïssa Tarr., Gallimard, coll. Tel, Paris, 1973.
- 4 Bernard de Montréal, La Genèse du réel, Éditions de la Science Intégrale,
- 5 Bernard de Montréal, Par-delà le mental, op cit., p. 119.
- 6 Ibid., p. 124
Par-delà le mental revêt ainsi un ton prophétique et saisit l’esprit, l’interpellant par sa verve critique et l’imminence de son appel à l’ordre. Bernard de Montréal dévoile ainsi les lois qui régissent la pensée et ses mystères, révélés par le mental « méconnu » et « pré- personnel » :
L’intellect humain est extrêmement naïf, fier, pseudo- intelligent et borné, en dépit de son apparente sophistication. Il a interféré historiquement avec le plein développement de la pensée consciente. Alors que les idées évolutionnaires infusent le mental moderne et postmoderne, le contact ouvert avec d’autres niveaux mentaux promet de captiver la conscience humaine et de créer, d’emblée, un grand traumatisme, étape nécessaire à l’établissement d’un nouvel ordre dans la science du mental. Le temps prend la part de l’évolution, dès lors que l’alphabet de la conscience a été appris3.
À la singularité de sa pensée correspond un type singulier de rédaction. Bernard de Montréal affirmait qu’il ne pensait pas, au sens où l’on exerce la faculté de penser, c’est-à-dire de réfléchir. Le processus de sa pensée opérait malgré lui, disait-il, car étant canal il était « incapable de penser en termes subjectifs ». Ceci expliquera l’absence totale de notes de bas de page et de références dans tous ses ouvrages, exceptant celles du traducteur. L’auteur façonne ici ses thèses sans l’appui d’une argumentation progressive ou de la méthodologie académique classique. Chaque chapitre est essentiellement indépendant tout en faisant partie d’un tout, à la manière de La Genèse du Réel. Chacun de ses chapitres constitue ainsi un acte nouveau issu du processus pré-personnel de sa pensée, principe directeur de cet ouvrage. Les redites fréquentes sont intentionnelles et contribuent à suspendre et à modifier, ne serait-ce que pour l’instant de la lecture, les a priori du lecteur.
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Bernard de Montréal, d’abord connu à titre de conférencier, s’exprimait principalement en français lors de ses conférences. Le mode d’écriture affirmatif et continu est à vrai dire le reflet de la force de son discours et de son pouvoir d’interpellation. L’enseignement de l’auteur, natif de Montréal, eut sa portée au Québec, en France et aux États-Unis. Sa parole, tout comme sa pensée, s’appuyait sur des mots choisis avec soin et responsabilité, pétris du souci pour le bien-être tant de l’auditeur que du lecteur, chaque mot étant chargé d’une « vibration » distincte, disait-il, qui résonne encore aujourd’hui par-delà son absence. D’ailleurs, la froideur du présent ouvrage ne peut transmettre l’ampleur de son engagement personnel envers le public. Bernard de Montréal éprouvait une affection véritable pour ce public, étant toujours sensible à ses souffrances et à ses combats. Et le public le lui rendait bien, par le contact soutenu et chaleureux qu’il entretenait avec l’auteur, au fil des ans, lors de ses nombreuses conférences au Québec, notamment à Montréal, où l’on venait le saluer et le remercier pour tel ou tel discours prononcé et ayant contribué à relever quiconque d’un défi existentiel, où la vie ne tenait parfois qu’à un fil. Les questions profondes, les questions de fond, portant tant sur la nature de la vie que de la mort y étaient explorées, autant de sujets demeurés tabous et problématiques en société, car marginalisants et aux définitions non concluantes pour les disciplines que sont la psychiatrie, la psychanalyse, la psychologie et la parapsychologie.
Bernard de Montréal mourut prématurément le 14 octobre 2003, à l’âge de soixante-quatre ans, des suites d’une longue maladie. Ce qui le distingue essentiellement demeure le fait que, contrairement aux gens de conviction, lui n’en avait aucune. Une conviction aurait constitué « une forme », « une attitude » selon ses mots, ce quelque chose que l’on défend de tout son être et qui nous conditionne tout entier. Or, Bernard de Montréal était un libre penseur et sa conscience était universelle.
Traduit de l’anglais par Christine Boucher Préface à la Présente Édition Montréal, le 8 avril, 2010 Christine Boucher

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