Bernard de Montréal met en lumière la subtilité du désir de vouloir faire quelque chose, révélant qu’il s’agit souvent d’une manœuvre de l’orgueil et de la vanité par laquelle la personnalité tente de préserver son autorité face à l’émergence de l’intelligence.
Il est expliqué que l’éducation traditionnelle conditionne l’homme à l’ambition, à la performance et à la valorisation sociale. Cette pression à « devenir quelqu’un » alimente la vanité et solidifie l’orgueil, donnant à la personnalité l’illusion d’une utilité et d’une direction. Le vouloir-faire devient ainsi un réflexe, non une nécessité intérieure.
Ce désir de faire quelque chose n’est pas neutre. Il provient de l’orgueil de l’ego qui refuse le vide et craint la perte de contrôle. Lorsque la personnalité sent que son pouvoir décline, elle s’agite, se projette dans l’action et fabrique des objectifs afin de ne pas perdre face à elle-même. Cette agitation masque une peur profonde : celle de n’être plus soutenu par les anciennes structures psychologiques.
Il est alors montré que l’ambition n’est pas un moteur d’évolution, mais un mécanisme de défense. Elle maintient l’homme dans une dynamique de comparaison et de justification, éloignant la conscience de sa centricité. Tant que l’ego veut faire, prouver ou devenir, il demeure prisonnier de la personnalité et de ses stratégies.
L’accès à une conscience plus pure exige un détachement radical de ces désirs. Ce détachement ne se décrète pas par la volonté ; il s’impose lorsque la personnalité cesse d’être alimentée. À ce stade, la personnalité ne disparaît pas, mais elle change de fonction : elle cesse de diriger et commence à servir l’intelligence universelle.
Cette transition est décrite comme difficile, car elle implique la perte des repères habituels et le renoncement à des motivations longtemps valorisées. La souffrance qui l’accompagne n’est pas un échec, mais un signal de désengagement progressif des anciennes forces. À mesure que l’orgueil et la vanité se dissolvent, une sécurité mentale nouvelle peut s’installer.
Il est clairement affirmé que l’on ne devient pas conscient par l’effort. Toute tentative volontaire de « devenir conscient » renforce paradoxalement l’ego et prolonge la domination de la personnalité. La conscience s’établit lorsque l’homme accepte de ne plus vouloir être, de ne plus vouloir faire, et de demeurer dans un état de dépouillement intérieur.
La subtilité du vouloir-faire réside donc dans sa capacité à se déguiser en vertu. Reconnaître cette manipulation de l’orgueil constitue une étape majeure vers la centricité. Lorsque le désir de faire quelque chose se tait, l’intelligence peut agir sans intermédiaire, et l’homme découvre que l’action juste ne naît pas de l’ambition, mais du silence intérieur où la personnalité n’a plus rien à défendre.


























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