La femme est victime, par excellence, de la réalité suprasensible dans laquelle elle baigne, condition d’où découle une sensibilité précaire, talon d’Achille d’une conscience aisément meurtrie lorsque la vie s’objecte à la quiétude de son esprit. Moins incarnée que l’homme dans la matière et par conséquent, plus exposée à sa réalité intérieure, la vie lui offre moins de protection, les mécanismes de défense nécessaires à la poursuite d’une existence équilibrée ne se retrouvant que difficilement dans un monde où la brutalité règne au dépend de la douceur de vivre. Cet être – dont le genre le distingue de son homologue planétaire – représente la quintessence d’une sensibilité que l’on ne retrouve pas, en général, chez l’homme. Pour cette raison, la femme, depuis des siècles, fut dépendante de manière exagérée, du support masculin, tant sur le plan social que sur le plan personnel.
Cette condition a fait d’elle, incontestablement, une victime, condition qui ne pourra être modifiée qu’à la suite d’une évolution personnelle. Faute d’une telle transformation, elle ne rejoindra jamais le rang des êtres libres, car son cœur est trop fragile et son esprit trop troublé par un genre masculin dont elle ne sait se défendre ou se mettre à l’abri. Sa sensibilité fait en sorte qu’elle se perturbe au-delà du raisonnable, la bonté faisant partie de ses réflexes à un point, où elle cesse d’être intelligente, lorsqu’elle devient émotionnelle.
La femme est vive et possède le don d’être elle-même – dans le sens le plus révélateur du terme – dans la mesure où le milieu dans lequel elle expose sa nature ne lui déchire pas le cœur. En tant que personne vivante, elle exerce dans son entourage la magie de sa présence, que l’homme sait reconnaître lorsqu’il est en harmonie avec elle. Mais là s’arrête sa joie de vivre lorsque le monde masculin lui retient le respect dû, et redevable, à sa nature profondément réelle. Lafemme appartient au monde de ces esprits qui conversent constamment afin de s’assurer une audience sympathique qu’elle retrouve difficilement chez le sexe masculin. D’où son besoin de constamment vérifier ou valider avec d’autres femmes ce qu’elle croit être valable pour elle- même en tant qu’être. Dans son monde intérieur, il n’y a qu’une mesure : La réciprocité. Sans réciprocité, elle se meurt à petit feu, le don de soi finissant par l’accabler. C’est alors qu’elle cesse d’être une source de joie et devient avec le temps, intérieurement amère et déçue dans l’amour, révélant à qui sait le reconnaître, un désespoir voilé qu’il lui faudra renverser, pour maintenir en équilibre le peu qui lui reste, d’un Moi étouffé par la vie. La réciprocité est la marque de respect dont elle a véritablement de besoin, afin de sentir qu’elle n’est pas simplement utilisée pour ses largesses. La réciprocité lui fait apprécier que dans la vie, elle est plus qu’un objet pour l’homme – une simple présence – mais bien un partenaire à part égale, qu’il convient d’appeler : « Mon amour ».
Sans cet égalisateur – sans réciprocité – l’amour tant prisé ne représente que la face cachée de l’échec, un fardeau inavoué. La femme inconsciente d’elle-même, n’identifie que les conséquences de son lien amoureux, et non la raison d’être de son alliance apporté par l’amour. Une telle situation fait en sorte qu’elle ne sait comment pénétrer les arcanes de son affection, représentant le véritable tapis magique de son expérience au sein de la souffrance du couple. Elle doit reconnaître que l’amour devient facilement son karma, tant qu’elle demeure sans identité. Dans la souffrance déchirante de son couple, son âme est consumée, car elle ne sait comment traiter avec les plans suprasensibles de sa réalité, de sorte qu’elle en devient victime. Pour que l’amour soit chez elle une addition à sa vie, elle doit en être libre, sinon elle en est l’esclave.
Liberté dans l’amour ne signifie pas libertinage, mais liberté dans l’esprit, c’est-à-dire : Capacité de voir clair, au fur et à mesure où se déroule la magie de son entretien avec l’homme. Ne sachant pas traiter avec ses allégories, ses chimères, ses fantaisies, elle voudra glisser dans la certitude que l’homme, l’amoureux, le support, le protecteur, représente un plan inébranlable alors qu’en réalité, seule elle, doit l’être. La femme est en soi un être qui à la fois représente la mystique de l’espèce et le mystère de la civilisation. Sur le plan individuel, elle semble offrir peu de conquêtes alors qu’en réalité, son sein est à l’origine de tous les débuts. C’est dans cet esprit qu’elle doit être appréciée. Mais pour le faire, il faut d’abord avoir suffisamment d’esprit pour lui en reconnaître un grand. Dans le cas contraire, le mâle est voué à n’identifier chez la femme que ce qui lui importe, alors qu’il passe à côté et ne voit point son caractère essentiellement spirituel. C’est dans l’allégorie de ses sentiments, que la femme manifeste et réalise sa nature, et non dans la logique. Elle est particulièrement sensible aux mouvements intérieurs de son âme, qu’elle scrute constamment pour des réponses à sa vie.
La femme entreprend un grand voyage intérieur, à partir du moment où elle se lie par amour. Pour elle, ce sentiment est une constante personnelle et non simplement une passion. Alors que l’homme se découvre dans le travail, elle se découvre d’une autre manière. C’est pour cette raison d’ailleurs qu’elle n’éprouve une véritable réflexion d’elle-même, que lorsque le bonheur de l’amour enrichit sa conscience. Tant qu’elle ne se découvre en lui, elle demeure incomplète, dans un sens égal à l’homme qui ne réussit pas sa vie dans le travail. La femme est sans contredit un être essentiel, un personnage quasi spirituel, dans la mesure où son ego sert de conduit à des forces de vie et de conscience, dont l’homme n’a qu’un aperçu. C’est pour cette raison d’ailleurs, pour laquelle un gouffre existe entre elle et ce dernier. Elle représente pour le mâle, une entité difficilement saisissable dans sa totalité, une personne qu’il ne peut saisir qu’ensurface où les sentiments trahissent une grande sensibilité. Mais au-delà de cette fenêtre, surgit toujours le spectre de l’être, son mystère, cette dimension de l’âme féminine qui n’est accessible au mâle, que dans la mesure où il sait mettre de côté son genre, pour épouser l’esprit féminin trop souvent affligé de souffrances inédites.
La femme s’éveillera à sa condition, dans la mesure où elle réalisera que son rapport avec l’homme en est un – trop souvent – de soumission. Tant que cette réalisation n’aura pas pris racine elle fera partie de sa vie et par le fait même, oubliera, malheureusement, la sienne. Cette condition millénaire a fait d’elle un être voilé, ne pouvant assumer le rôle requis par un esprit évolué et centré. Un tel esprit ne signifie d’aucune manière un penchant pour l’isolation et la solitude, mais plutôt un penchant pour le maintien ou la recherche de son identité. Que l’on regarde l’histoire de la femme de quelque point de vue que ce soit, il appert évident, qu’elle fut un être abusé et forcé de s’adapter à des conditions ne favorisant pas son émancipation. Même aujourd’hui, alors qu’elle fait de grands progrès dans certains pays, elle demeure un être extrêmement sujet à l’iniquité, car l’homme inconscient se comporte facilement comme un colosse abruti envers elle, une colombe qui n’a pas encore appris à s’envoler devant le danger. Il n’est pas de toute évidence pour la femme de réaliser ses rêves, car elle dépend trop peu d’elle-même. Elle est enchaînée par les mœurs de l’amour et de la fidélité, alors que l’homme, lui, poursuit son existence comme bon lui semble sans pénalité. La femme ne peut trancher avec la vie avec facilité, car sa dépendance émotive et matérielle enfreint les moindres mouvements qui favoriseraient son émancipation et sa liberté.

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