La femme « championne » la franchise, car on lui a trop menti. Elle a connu la déception au point de n’y constater aucune avenue pour l’expression favorable et sans équivoque de ses sentiments. La franchise chez elle représente une forme idéale de communication, préférant les choses simples et claires, plutôt que contournées et compliquées. Elle est, pour elle, une manière d’être et non pas de paraître. Il lui suffit de se retrouver en situation où la franchise s’envole pour qu’elle répugne se mouiller. La franchise lui sied davantage qu’à l’homme, car sa paix en dépend. La franchise demeure pour la femme une condition sine qua non de sa vie de couple, car en son absence, elle ne peut s’offrir de véritable sécurité. Mais plus elle se libérera des contraintes qui la dominent sur tous les plans, moins elle se repliera sur la franchise pour se forger une sécurité pour elle et ses enfants.
Elle se propulsera de ses propres moyens, et déterminera les conditions futures de son engagement personnel. Mais dans la mesure où la femme demeure assujettie à des conditions qui favorisent l’insécurité, la domination ou une forme quelconque d’asservissement, elle ne peut vivre sans le support de la franchise, car seule cette qualité peut lui offrir un mordicum de calme et d’absence d’inquiétude. Constatant sa rareté, la franchise pour la femme libre deviendra graduellement moins indispensable dans ses relations, car elle saura plus facilement se reconstruire une vie suite aux blessures qui, par le passé, l’auraient consternée, terrassée et marquée. La franchise doit céder son rôle de parapluie protecteur contre le rejet. La femme doit relever le défi que lui impose son absence – ou sa rareté – et apprendre à se protéger de la vie, au lieu de s’y emmitoufler dans un faux sens de sécurité, qui ne lui offrira jamais la certitude d’une conduite irréprochable de la part de son partenaire, surtout dans une modernité où les opportunités, et un sens moins dramatique des valeurs, risquent d’entraîner des comportements sociaux plus relâchés que ceux qu’avait connu le passé, lorsque les religions agissaient comme enceintes contre des tendances trop libérales.
Avec la dilution du pouvoir des religions sur les masses plus averties et moins ingénues, la franchise qui, par le passé, avait servi plus ou moins de bouclier protecteur à la femme, sera remplacé par une psychologie plus défensive et plus préventive, adaptée à la modernité et ses manières d’être. Lorsque la femme s’en remet à la franchise pour se sécuriser, elle se fraie un sentier vers la déception. Alors que l’homme – de son côté – compose sans trop de difficultés avec la déception, il ne lui est pas impossible d’aimer sa femme et se permettre dans un même temps, une aventure avec une autre sans pour cela en être bouleversé outre mesure. Sa nature l’assujettit sans trop de résistance à la séduction que seul un grand sens moral peut repousser. L’amour n’est pas le karma de l’homme mais celui de la femme. Alors qu’elle souffre dans l’amour, lui connaît la souffrance au travail. Ces deux provinces de l’âme se situent sur des plans différents. Alors que lui, cherche sa vie durant à s’harmoniser dans le travail, elle, vise l’harmonie qu’offre un amour stable et sécure.
On accepte facilement que le travail soit une source de tensions pour l’homme, mais nous ne lui reconnaissons pas d’équivalence avec celui que connaît la femme en amour. La raison est due aux différentes caractéristiques de la souffrance. Chez cette dernière, elle est de souche émotionnelle, alors que chez l’homme elle est plutôt d’ordre intellectuel. De plus, la femme est souvent dénuée de moyens économiques lui permettant un prompt réajustement de sa vie. Lorsqu’elle devient victime du rejet, sa condition est souvent économiquement liée à celle de l’homme, créant de fait un lien de dépendance qui restreint sa capacité de s’affranchir.
Une telle condition requiert une réorganisation radicale de son ancien mode de vie, rendu plus laborieux compte tenu – souvent – de son âge et des années passées en dehors du marché du travail. La femme ne se remet que difficilement de la déception et du rejet en amour, car ce dernier est un sentiment et non simplement une opportunité renversée, comme dans le cas du travail chez l’homme. Elle est très désavantagée par rapport à lui, et c’est la raison pour laquelle la femme qui entrera dans la modernité, se consacrera à sa sécurité matérielle avant tout pour éviter les conditions de ses sœurs malheureuses. Seule l’accessibilité à l’emploi et à l’éducation peut assurer que la vie de la femme ne soit plus renversée par un amour chéri mais non retourné avec franchise. Le degré de franchise requis par la femme pour l’assurance de sa paix d’esprit, est du même ordre de mesure que la souffrance qu’elle subira, si un jour son amour devait être trahi.
Pour cette unique raison, la franchise ne doit pas rigidifier son esprit et la maintenir dans l’illusion d’une inviolable sécurité, mais plutôt lui permettre de supporter la présence d’un conjoint selon une disposition nécessaire à l’équilibre des relations. Il est relativement facile pour la femme, de sentir ici et là, les sursauts de la jalousie, lorsque se présente devant elle une rivale possible.

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