Bernard de Montréal expose que la sécurité mentale ne relève ni de la stabilité émotionnelle ni de l’assurance psychologique, mais d’un état intérieur rare et exigeant, qui ne peut s’établir qu’au terme de la désintégration consciente de la personnalité.
Il est expliqué que la personnalité, bien qu’aimée, cultivée et valorisée par l’homme, n’est pas réelle. Elle constitue une structure de survie au service de l’ego, alimentée par des attitudes, des réflexes et des émotions qui donnent l’illusion d’une identité stable. Tant que l’ego s’appuie sur cette structure, la sécurité mentale demeure impossible, car elle repose sur des formes instables et conditionnées.
Pour accéder à une véritable sécurité dans le mental, l’ego doit se libérer des quatre piliers fondamentaux de la personnalité : l’orgueil, la vanité, l’ambition et le désir de faire quelque chose. Ces piliers soutiennent artificiellement l’image de soi et maintiennent l’homme dans une tension constante. Leur effondrement n’est ni progressif ni confortable : il se produit à travers des expériences brutales, des chocs de vie et des confrontations qui fracturent la structure psychologique.
Ces chocs ne sont pas accidentels. Ils servent à désamorcer les mécanismes de défense de la personnalité et à exposer l’ego à un vide intérieur inédit. Ce vide, souvent redouté, correspond à un état pré-morontiel où l’homme n’est plus soutenu par ses anciennes certitudes. Tant que ce vide est évité ou comblé, la sécurité mentale reste hors d’atteinte.
Lorsque les piliers s’effondrent réellement, l’ego cesse de chercher appui dans l’image, le rôle ou l’action. Il devient disponible à une intelligence supérieure qui ne dépend plus de la reconnaissance, du succès ou du mouvement forcé. La sécurité mentale naît alors non de ce que l’homme possède ou projette, mais de ce qu’il n’a plus besoin de défendre.
Il est souligné que cette sécurité constitue le dernier pont à traverser avant l’accès à une conscience supérieure. Elle marque la fin de la dépendance aux formes psychologiques et le début d’un état où le mental devient silencieux, stable et transparent à l’intelligence. Ce passage ne peut être collectif ni enseigné : il s’accomplit individuellement, à mesure que la personnalité se désagrège sans être remplacée.
La sécurité dans le mental n’est donc pas une récompense, mais une conséquence. Elle apparaît lorsque l’ego accepte de ne plus se soutenir lui-même, de ne plus vouloir être quelqu’un, et de demeurer dans un équilibre nu, sans appui psychologique. À ce stade, l’homme n’est plus menacé par l’instabilité intérieure, car il n’a plus rien à perdre dans le mental. L’intelligence peut alors s’établir sans résistance, dans une stabilité définitive.



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